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De Toronto à Comines, 49 plus tard!
Près d'un demi-siècle après avoir quitté Comines, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans, pour les grands espaces du Canada, Suzanne Durnez emmène ses enfants et petits-enfants à la découverte de son pays d'origine. Un retour aux sources. Et à un autre rythme de vie, plus calme.
HOUTHEM
 Suzanne Durnez ne devait rester qu'une année au Canada lorsqu'à l'âge de 20 ans, elle décida de quitter Comines avec Jean Masil, le fils du pâtissier de la place de Wervik, qu'elle venait juste d'épouser. Elle y est finalement depuis... 49 ans.
« C'était la mode à l'époque de partir au Canada, raconte-elle. La pâtisserie de mon beau-père traversait une période difficile. Mon mari et moi sommes partis à Toronto pour avoir une expérience à l'étranger avec l'idée de revenir pour reprendre le commerce familial, mais mon beau-père est entre-temps décède à l'âge de 50 ans. Nous sommes alors restés. »
Jean Masil, pourtant pâtissier à l'origine, se lance dans l'imprimerie. Et Suzanne devient traductrice ainsi que professeur de français. Ils sont devenus de véritables nord-américains. Suzanne s'exprime d'ailleurs avec un charmant petit accent anglo-saxon lorsqu'elle parle sa langue maternelle. Pratiquement un demi-siècle plus tard, elle revient sur la terre de ses origines en compagnie de ses deux filles, Jacqueline et Nicole, et ses quatre petits-enfants, Liam, Jes-sica, Rachel et Alexandre.
« Je voulais leur montrer à quoi ressemblait la Belgique et surtout Comines », confie-t-elle. Suzanne est revenue quelques fois dans notre pays, notamment pour le décès de sa maman en 1981, mais elle ne s'attardait guère. Avec sa famille, elle a installé ses pénates une quinzaine de jours à La Guérinière, une très belle maison aux chambres d'hôtes située à Houthem, qu'elle a découverte en surfant sur Internet.
« Plus naturel »
Suzanne ne trouve pas Comines très changé. « Excepté qu'il y a maintenant beaucoup plus de ronds-points, sourit-elle. Les habitants s'assoient encore dehors sur une chaise pour regarder les gens passer. Et ils sortent toujours sur le pas de leur porte lorsqu'ils entendent une voiture se garer en face de chez eux pour savoir qui c'est... » Habituée à une mégalopole comme Toronto, Suzanne est devenue une véritable citadine. Elle a maudit le chant du coq la première nuit passée à La Guérinière (elle est maintenant habituée). Et ses petits-enfants se font une joie de donner à manger aux vaches qui paissent dans la prairie voisine. Les horaires des magasins les étonnent : « Au Canada, les grandes surfaces sont ouvertes toute la journée et toute la nuit. C'est toujours très animé, parfois trop », fait remarquer Jacqueline. Suzanne aurait bien voulu faire goûter à sa petite famille les gaufres Masil, du nom de son mari, mais voilà, elles ne sont produites qu'en hiver.
C'est à un autre rythme que vit la Belgique, mais ce n'est pas pour déplaire aux Canadiens. Ils apprécient d'autant plus la valeur des choses, comme la qualité de la nourriture. Ils ne tarissent d'ailleurs pas d'éloges sur l'accueil que leur réserve La Guérinière.
« Tout est beaucoup plus naturel ici, plus frais qu'au Canada », fait remarquer Suzanne. Le chocolat et la bière tiennent une place de choix : « Un chocolatier belge est venu s'installer à Toronto. Il faut faire la queue dehors tellement cela a du succès, surtout les jours de Noël. » C'est d'ailleurs la marque de fabrique de la Belgique en Amérique du Nord car excepté Bruxelles, les Canadiens ne connaissent pas notre royaume. « Au début que j'étais au Canada, je disais que je venais de Belgique, raconte la Cominoise. C'est où ?, me demandait-on. J'expliquais que cela se situait au nord de la France. Puis, j'ai fini par dire que j'étais Française pour plus de facilité. » Cela aurait d'ailleurs pu être vrai puisque Suzanne habitait à une encablure de la frontière, au 419 de la chaussée de Wervicq, et se rendait à l'école à Comines-France.
« Je roulais beaucoup à vélo. Je me souviens bien du vent et du brouillard le matin », dit-elle. Son papa travaillait comme plombier-zingueur en France. Et sa maman était femme d'ouvrage au château des Van Bullen à Wervicq. Suzanne a encore quelques oncles et tantes dans la région. Elle a conservé quelques amis, comme la famille Carton.
Elle dit « avoir de temps en temps le mal du pays » depuis le Canada où « tout est plus grand, plus spacieux ». Elle suit l'actualité belge et européenne sur BBC international ou sur Internet. Elle nous avoue n'avoir pas encore compris pourquoi les Flamands et les Wallons se disputaient. Si elle refait le plein de belgitude au cours de ces deux semaines, elle n'est pas près de revenir définitivement en Belgique. Ses racines sont cominoises, mais ses attaches, sa façon de vivre et son cœur sont canadiens.
© Daniel Foucart - Nord Eclair - 17 août 2003
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