Préface

Terug/retour

 

I. De 1219 à 1260: Renier de Udekem

 

Sous le règne de Henri I, duc de Brabant et de Lothier, vivait à Pellenberg, près de Louvain, un seigneur “fort recommandable par ses mœurs et par sa façon de vivre, doué d’une probité et d’une piété dignes de son illustre extraction.” C’était le chevalier Rasse de Udekem, seigneur de Udekem, de Scaffene et de Lubbeke[1].

 

Par son état de fortune et par son a1liance avec l’illustre maison de Diest, le sire de Udekem prenait rang parmi les premiers personnages de la noblesse brabançonne. Aussi, en 1156, il fut convoqué avec les principaux vassaux du Brabant pour assister à l’imposante assemblée où les tuteurs du comte de Louvain, Godefroi III, vinrent rendre compte de leur gestion et déposer solennellement leurs pouvoirs entre les mains de leur seigneur[2].

 

            De son mariage avec Marguerite de Diest, Dame de Pellenberg[3], Rasse de Udekem avait eu sept filles et neuf fils. Sept de ces derniers devinrent de pieux chevaliers, dignes imitateurs des vertus de leurs pères[4]; mais entre tous se distingua le plus jeune, le Sire Renier, par son caractère chevaleresque et par sa foi vive. Ce fut à lui qu’échut, après le décès de Rasse de Udekem et de sa femme, un manoir situé près du village de Pellenberg, berceau futur de la corporation, dont nous avons entrepris l’histoire.

 

            Bientôt le chevalier Renier songea à se marier. Il choisit bien et obtint une pieuse et noble damoiselle issue du plus noble sang du Brabant: Laurette­ de Perwez, et d’Aleyde d’Orbais[5][6]. Sept fils et huit filles furent les fruits de cette union.

 

            La pieuse dame, encouragée par l’exemple de son oncle paternel, saint Albert de Louvain, se dévoua toute entière à l’éducation de ses enfants. Elle leur inculqua de bonne heure, avec le respect des préceptes de l’Eglise, le goût des choses saintes. De son coté, le chevalier Renier seconda les pieux efforts de la jeune châtelaine et instruisit ses fils dans les devoirs de la chevalerie féodale.

 

            Seulement quand les quinze enfants eurent grandi en force et en vertu, la tâche du sire de Pellenberg fut loin d’être accomplie. En bon père de famille, il dut se préoccuper de l’avenir de sa race, et, à vrai dire, sa position fut difficile. Quant aux fils, les lois du temps leur accordaient des privilèges, ils avaient leur épée pour gagner leurs éperons, mais que faire de huit filles? Comme le remarque naïvement le vieux chroniqueur de Gempe, ”les ressources n’étaient point suffisantes pour les marier noble­ment et comme il aurait convenu à leur rang, et leur père crut bientôt qu’il était plus utile et plus salutaire de les consacrer à un époux immortel que de leur donner des époux mortels d’une origine inégale.”

 

Le sire de Udekem résolut donc de consacrer ses filles au service de Dieu et il poursuivit son projet avec d’autant plus d’ardeur que ses enfants elles-mêmes l’y engageaient toutes.

 

Il commença par visiter successivement un grand nombre de monastères de l’ordre de Citeaux. Plus d’une de ces pieuses retraites aurait répondu parfaitement à ses vues, ainsi qu’a celles de ses enfants, si les supérieurs conventuels n’eussent formellement refusé d’admettre les nombreuses postulantes. Le pieux gentilhomme n’était possesseur que d’une fortune médiocre, et, en conséquence, il ne pouvait suffisamment doter ses filles. Contrarié de ce coté Renier chercha un autre moyen de réaliser les vœux de ses enfants.

 

"Or, nous dit le chroniqueur, un jour de Pentecôte, que le chevalier assistait aux offices divins, il adressait à Dieu les prières et les orai­sons les plus ferventes, et le suppliait, comme distributeur de tous biens, de daigner lui accorder la grâce de disposer de ses filles et de lui-même en l’honneur et gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour le salut de leurs âmes et de la sienne. A peine eut-il achevé sa prière que, tout-à-coup, par­ révélation du Saint-Esprit, il conçut l’idée de fonder en sa propre maison un­ couvent et d’y affecter tous les biens qu’il tenait de ses parents, déduction faite de la part à laquelle ses fils avaient droit."

 

Le chevalier s’empressa de communiquer son projet à sa famille; il reçut une approbation unanime et ses filles le supplièrent de l’exécuter sans retard. On mit aussitôt la main à l’œuvre et, en très peu de temps, le manoir de Pellenberg eut ses cellules, sa chapelle et son cloître. Dès le jour de l’Ascension de l’an 1219, le chevalier de Udekem put inaugurer ses nouvelles constructions et les consacrer au service de Dieu. En même temps les huit dames revêtirent le froc blanc des Norbertines; elles jurèrent de se dévouer au glorieux Ordre, dont l’illustre archevêque de Magdebourg avait jeté les fondements[7] et, à peine installées dans leur retraite, elles donnèrent l’exemple de toutes les vertus, partageant les heures du jour et de la nuit entre la prière, la méditation et les oeuvres de charité.

 

Le premier pas était fait, mais il fallait maintenant consolider la fondation, à peine éclose. Soucieux de l’avenir, Renier s’appliqua lui­-même à augmenter les ressources de son couvent. Il mit dans ses intérêts sa sœur, dame riche et vertueuse qui habitait un château sous Corbeck-over-Loo et dont la fille unique, nommée Elisabeth, avait pris le voile dans la no­ble abbaye de Herckenrode, à Curange, au comté de Looz[8]. Cette dame et le sire de Pellenberg engagèrent la jeune religieuse Elisabeth à venir prendre la direction du nouveau monastère et à y affecter tous ses biens.

 

La chanoinesse de Curange n’obtint qu’à grand peine la faveur que sa mère et son oncle réclamaient d’elle. Cependant, sur les instances pressantes de puissants amis, son abbesse lui permit enfin de se rendre à Pellenberg, pour initier ses cousines aux observances de la vie monastique régulière et pour prendre le gouvernement de la communauté improvisée.

 

Ce fut un succès important, mais de nouvelles difficultés ne tardèrent pas à surgir et à menacer la fondation de Renier de Udekem. Iwan de Bierbeeck, abbé de Parc[9], commença par s’opposer à l’œuvre du gentilhom­me et de Laurette de Perwez, lorsqu’il fut informé de l’érection d’un cou­vent de son ordre, dans le château de Pellenberg. Quand il engagea le che­valier à renoncer à son entreprise, celui-ci ne promit rien, mais il réso­lut d’exposer ses réclamations devant le Chapitre général de l’Ordre des Prémontrés, qui devait s’assembler peu de temps après.

 

Le moment étant venu, le sire de Udekem se présenta aux frè­res réunis en Chapitre, et leur exposa sa demande avec toute la force et tout le respect que lui inspirait sa piété. Il les pria de prendre ses motifs en considération, de ne point détruire son oeuvre naissante et de vouloir, au contraire, encourager sa pieuse entreprise. Il leur représenta la pureté de ses intentions: n’ayant en vue, disait-il, que la gloire de Dieu et le bien spirituel de ses filles.

 

            Les membres du Chapitre, touchés du ton de conviction avec le­quel le chevalier venait de leur parler, auraient volontiers consenti à l’admission de ses filles dans leur Ordre; mais il fallait avant de prendre cette décision s’ assurer des vertus et de la persévérance des jeunes postu­lantes. Ils engagèrent donc le sire Renier à persister dans ses pieux sen­timents, lui promettant de faire droit ­à sa requête, si­ rien ne venait s’y opposer. En attendant, ils permirent que quelques moines de leur règle célébrassent les offices divins, en faveur de sa communauté naissante. Ils choisirent même Baudouin, chanoine régulier de l’abbaye de Tongerloo, pour directeur de la maison de Pellenberg[10], en lui adjoignant, comme coadjuteur, un autre moine de l’ordre des Prémontrés. C’était déjà un gage de future prospérité pour la corporation que le gouvernement d’un homme remarquable et d’une sainteté reconnue[11], et l’abbé de Parc, lui-même, qui avait été ému par le discours du chevalier, devint dès lors un de ses plus ardents défenseurs.

 

Les encouragements que le chapitre des Prémontrés avait donnés à Renier redoublèrent la ferveur des religieuses. En peu de temps, la re­nommée de leurs vertus se répandit dans tous les alentours, et l’opinion publique elle-même s’intéressa à la naissante abbaye: en 1220, alors qu’elle n’était pas encore reconnue, Egide de Winghe la gratifia de quatre bonniers de terre, situés à Pellenberg[12].

 

Une année s’était donc écoulée depuis que les huit damoiselle avaient pris le voile (1220) et, tandis que leurs prières appelaient la pro­tection du ciel sur leur institution, leur père n’avait cessé de travailler à gagner l’appui de l’autorité diocésaine. L’époque tant désirée de la réu­nion annuelle du chapitre général de l’Ordre des Prémontrés approchait de nouveau. Renier s’y rendit, plein d’espoir, et plaida une seconde fois sa cause (1221). Il se prévalut de la promesse que les révérends abbés avaient daigné lui faire l’année précédente, et s’appuya en outre sur la réputation de sainteté qu’avaient acquise ses filles.

 

Cette fois Udekem obtint l’autorisation de fonder définiti­vement le monastère. Le Chapitre délégua Jean de Hoioul, abbé de Floreffe[13], Salomon, abbé de Tongerloo[14], et Baudouin, abbé d’Averbode[15], pour désigner l’endroit où l’on érigerait le nouveau cloître. Ces Prélats choisirent un terrain, situé sous Pellenberg, dans les propriétés du sire de Udekem, et la communauté fut placée sous la dépendance de l’abbaye de Parc. En vertu de ses constitutions, elle eut le droit de se choisir un Prévôt parmi les religieux norbertins, sauf à faire confirmer l’élection par le père abbé.

 

La première élection eut lieu sous la présidence de l’abbé de Parc, Iwan de Bierbeeck. Les suffrages unanimes se portèrent sur le di­gne chanoine de Tongerloo, qui déjà avait été chargé, durant une année, de la direction provisoire du monastère[16]. Iwan fut charmé du choix des religieuses. Il s’empressa de confirmer les pouvoirs de Baudouin, et reçut, en même temps, le vœu solennel d’obéissance que les filles de Pellenberg de­vaient prêter entre ses mains. Le même jour le sire de Udekem fit cession au couvent de tous ses biens, ne se réservant pour vivre que les propriétés qu’il tenait du chef de Laurette de Perwez, sa femme. La ferme, avec les autres terres, que le prieuré de l’Ile-Duc possédait encore au XVe siècle sous Pellenberg, provenait probablement encore de cette première dotation[17].

 

Baudouin de Tongerloo, après avoir dirigé la communauté pendant trois ans et demi avec la plus grande sagesse, rendit l’âme en 1222. Sa mort jeta le couvent dans la consternation; on le vénéra bientôt après comme un saint et on invoqua son assistance pour le choix de son successeur.

 

Les religieuses élurent un homme habile et éclairé, nommé Gilles, chanoine de l’abbaye de Ninove[18] [19]. Il gouverna la maison pendant plus de cinq ans et s’occupa activement à développer les éléments de prospérité de la nouvelle institution. Il réclama de la générosité de Henri I, duc de Lothier et de Brabant, une pièce de terre et un moulin, situés au bord d’un vivier, dans un endroit nommé Gempe, dépendant pour le spirituel de l’égli­se de Winghe St. Georges, et se trouvant à peu de distance de ce village. En demandant cette propriété au prince, le prévôt avait l’intention d’y transférer le couvent de Pellenberg. Le vieux manoir devenait trop restreint et ne se prêtait guere à être agrandi, tandis que Gempe semblait réunir tou­tes les conditions de salubrité et de situation favorables au développement d’une abbaye. Ce hameau, au milieu des bruyères, ne pouvait que gagner au contact d’un établissement religieux; le duc de Brabant accueillit donc la demande du prévôt et avec d’autan plus de faveur que la fondation de Pel­lenberg intéressait sa famille: nous avons vu que Renier de Udekem était allié du chef de sa femme au duc Henri le Guerroyeur. Par charte, datée de décembre 1229[20], le duc octroya aux filles de Pellenberg, du consentement de son fils majeur Henri,[21] une étendue de douze bonniers de terres labourables, prairies, bois et marais. Il mit cette propriété à la disposition des do­nataires pour y bâtir un monastère, et leur céda en même temps le moulin situé près du vivier[22]: le tout sous forme de donation perpétuelle, à titre d’aumône. Le duc se déclarant protecteur du couvent et lui promettant l’appui de ses successeurs, lui accorda enfin le droit de pâture et de pêche.

 

A la suite de cette munificence, le chanoine de Ninove s’empressa de faire construire à Gempe quelques cellules et un oratoire qu’il dédia à la Ste. Vierge. La consécration solennelle de l’autel et d’un cimetière fut faite en 1226, le dimanche de Laetare, par le célèbre Jacques de Vitry (de Vitriaco), alors suffragant de l’évêque de Liège[23]. Les religieuses quittèrent définitivement leur maison de Pellenberg pour se fixer à Gempe, la même année, pendant l’octave de St. Martin (1229)[24]. Ce changement de résidence se fit avec pompe: l’abbé de St. Martin de Laon[25], celui de Parc, Henri de Bruxelles et d’autres personnages considérables étaient présents à la cérémonie.

 

Dès l’année 1230, sur la demande du duc de Brabant lui-même[26], l’évêque de Liège, Jean d’Aps ou d’Heppes (de Apia) prit le nouveau monastère sous sa protection et lui accorda l’immunité ecclésiastique[27]. Quant à l’ancien couvent de Pellenberg, il devint plus tard la propriété de l’abbaye de Parc, qui en fit probablement raser les bâtiments[28].

 

A partir de l’installation de la communauté de Pellenberg dans le nouveau couvent à Gempe, celui-ci prit le nom de Prieuré de L’Ile ­Duc (Insula Ducis )[29] [30]. D’après la chronique, qui nous sert de guide, le nom de 1’Ile-Duc n’aurait été adopté qu’à l’époque de la troisième translation du cloître: mais nous voyons que bien auparavant, en 1230, Jean d’Heppe, évêque de Liège, désignait les religieuses de Gempe sous le nom de Filiae ecclesiae Insulae Ducis[31].

 

Depuis l’époque où la communauté norbertine se fut installée à Gempe, elle ne cessa de se rendre digne des faveurs dont le souverain et les supérieurs ecclésiastiques l’avaient gratifiée. Les exercices religieux y florissaient dans toute leur pureté; les enfants des alentours venaient puiser au monastère les éléments essentiels de là religion et y recevaient l’instruction gratuite sur les bancs de l’école. Tant de bonnes oeuvres ne restèrent point sans fruits. A part l’heureuse influence que le couvent  exerçait dans la localité même, il attirait encore bon nombre de nouvelles postulantes; bien des jeunes filles vinrent oublier ce siècle de rudesse dans la retraite de Gempe, et y jouir des bienfaits d’une ère de civilisa­tion anticipée.

 

Gilles de Ninove remplissait ses fonctions avec une sagesse et un zèle au dessus de tout éloge, lorsqu’un an après, en 1231, il fut nom­mé au siège abbatial de Heylissem[32].

 

Il fallut alors procéder au choix d’un nouveau directeur. Les suffrages des religieuses se portèrent sur un moine de l’abbaye de Bonne-Espérance, en Hainaut, nommé Salomon, qui avait été antérieurement abbé de Tongerloo[33]. Ce prêtre n’était pas inconnu aux dames de Gempe: il avait été l’un des trois prélats qui avaient présidé au premier établissement de la fondation de Renier de Udekem. Salomon ne remplit sa charge que pendant un an et mourut en 1231.

 

C’est dans le courant de cette même année, au dire de notre Chroniqueur, que l’on vit surgir le prieuré du Val des Lys (Leliëndael), à Hombeeck, près de Malines; plusieurs auteurs recommandables, tel que Foppens[34], de Munck[35] et autres, en rapportent la fondation à la même époque. Il nous paraît de partager leur avis; nous préférons suivre l’opinion du généalogiste de la famille Berthout, qui fixe la fondation de Leliëndael, par Wauthier Berthout, seigneur de Malines, et par sa femme Adelaïde, à l’an 1223. Le motif de cette préférence est péremptoire: c’est que, en 1228, le pape Grégoire IX accordait déjà au prieuré du Val des Lys le droit d’administrer les sacrements aux serfs de ses domaines, ainsi que l’exemption des dîmes[36]. Il existait donc avant 1231. Seule, la question de la date précise de cette fondation jette les auteurs dans le désaccord, mais tous sont unanimes quant aux origines du personnel religieux de cette communauté. A Leliëndael, comme à Gempe, le fondateur voulait faire adopter la règle norbertine. Or les supérieurs de l’Ordre des prémontrés ne cru­rent pouvoir mieux faire que de confier l’organisation de la nouvelle communauté aux filles de l’abbaye de l’Ile-Duc. Quelques religieuses quittèrent donc Gempe et vinrent prendre possession du couvent de Hombeeck[37].

 

Il n’existe rien dans les archives de Gempe et de Leliëndael relativement aux premières chanoinesses de ce dernier monastère. Nous en ignorons le nom et le nombre; seulement il est établi que, parmi elles, se trouvait au moins une des filles du sire de Udekem. Nous trouvons, en effet, qu’à la première prieure du Val du Lys, appelée Elisabeth, succéda, en 1246, Marguerite de Udekem[38].

 

Mais revenons à Gempe. A la mort du prévôt Salomon, ce fut Arnold, prêtre de l’abbaye de Grimbergh[39], qui prit en mains la direction spirituelle du monastère[40]. Après onze ans de ministère Arnold demanda à se retirer dans son abbaye de Grimbergh, et cette faveur lui fut accordée au grand regret de la communauté de Gempe (1243). Sous l’administration de ce directeur, vieux et éclairé, plusieurs donations[41] étaient venues enrichir le monastère de 1’Ile-Duc.

 

Les religieuses qui se trouvaient sans directeur depuis le dé­part d’Arnold, rappelèrent de nouveau Gilles, le chanoine de Ninove, qui déjà les avait si saintement gouvernées, treize ans auparavant. Ce reli­gieux venait de déposer, motu proprio, la crosse abbatiale de Heylissem[42]. Il s’empressa de revenir à l’abbaye de 1’I1e-Duc, dont il était comme le second fondateur, s’appliqua aux travaux d’embellissement et d’agrandissement, mais veilla surtout au maintien de la discipline religieuse. D’accord avec les norbertines, il projeta de rebâtir une seconde fois le monastère. Avant de mettre la main à l’œuvre il montra que son emplacement actuel offrait de graves inconvénients: le sol était humide et marécageux et l’eau à peine potable; ensuite les bâtiments se trouvaient trop près de la grande route et on n’y jouissait point assez de la solitude qui convient à une maison de recueillement et de prière[43]. Le vénérable prévôt fit ces représentations à la communauté et proposa de rebâtir le cloître à quelque distance de­ là, sur un terrain plus élevé. Sa proposition, appuyée de bonnes raisons, fut généralement gouttée par les religieuses, de sorte que les travaux furent entrepris immédiatement sous l’intendance particulière du pieux chanoine. Ce projet de reconstruction déplut singulièrement à l’abbé de Parc, Alard de Tervueren, et à son prévôt, Henri de Stocke, connu dans les archives de Parc sous nom de Henri Baculus de Lovanio. L’un et l’au­tre reprirent sévèrement le directeur de Gempe, et Henri alla même jusqu’à prédire une mauvaise issue à l’entreprise. Gilles n’en continua pas moins ses constructions, plein de foi dans la bonne réussite de son oeuvre. Il se fondait sur une prédiction que lui avait faite la prieure du monastère Elisabeth: d’après elle l’exécution du plan devait être commencée par lui, mais achevée par son successeur. Chose singulière, déjà l’édifice se dres­sait sur la hauteur lorsque Gilles, accablé par le poids de son grand âge, se vit obligé de se démettre de ses fonctions et de retourner à son abbaye de Ninove. On était alors en l’année I250[44]. Le second séjour du bon chanoine parmi les filles de Renier de Udekem avait duré sept ans et, tout compte fait, il avait gouverné le monastère pendant quinze ans. Gilles vécut encore quelque temps dans son abbaye et y termina sa vie laborieuse en odeur de sainteté[45].

 

Immédiatement après la retraite de Gilles, les religieuses appelèrent à elles Henri de Stocke, dit Baculus, le Prévôt de l’abbaye de Parc, celui-la même qui s’était si énergiquement opposé aux projets de reconstruction de Gilles de Ninove. Malgré son ancienne aversion pour 1’oeuvre de son prédécesseur, le nouvel élu poursuivit activement l’achèvement des travaux entrepris. Bientôt le pieux asile put recevoir ses hôtes, et les religieuses en prirent possession le jour de la St.Nicolas, en 1252[46], en présence de leur Père-Abbé, Alard de Tervueren, et de quelques personnages émi­nents du clergé.

 

Les filles de l’Ile-Duc, en quittant leur maison de Gempe[47], avaient le chagrin de quitter une terre où reposaient les restes mortels de leurs consoeurs décédées. E1les manifestèrent le désir d’en transférer les dépouilles dans leur nouvelle demeure. Henri de Stocke désapprouvait cette intention. Cependant d’après le chroniqueur, il ne tarda guère à chan­ger d’avis, à la suite d’une vision que le ciel lui envoya ; c’était l’esprit de ces temps d’envisager toutes choses au point de vue surnaturel. Une nuit, dit-on, que le Prévôt dormait profondément, il se sentit soudainement frappé de crainte et d’horreur: il lui sembla que toutes 1es religieuses, enterrées à Gempe, lui apparaissaient enveloppées dans leurs suaires, et lui deman­daient pourquoi il leur refusait le repos de la tombe au milieu de leurs consœurs. A son réveil, Henri, tout troublé, fit part de son terrible rêve à la communauté et prit la résolution d’opérer aussitôt la translation des restes des défuntes. Il se rendit lui-même, suivi de toutes les religieuses, au cimetière de Gempe. L’exhumation se fit; et le convoi funèbre se dirigea vers le nouveau couvent, au chant de l’office des morts.

 

Le prévôt resta encore un an à l’Ile-Duc, jusqu’à ce qu’en­fin, exténué par les travaux, il se retira dans son abbaye de Parc (1253)[48]. A cette époque, 34 ans s’étaient déjà écoulés depuis la fondation du monas­tère par le sire de Udekem. La marche de l’abbaye avait été constamment progressive; le nombre des religieuses s’était notablement accru; les pieuses donations n’avaient cessé d’augmenter leurs ressources; et de la part des souverains du pays, elles avaient toujours été l’objet d’une bienveillance spéciale[49]. Ce fut alors que Renier de Udekem mourut.

 

Renier et son épouse Laurette avaient eu la consolation de voir leur fondation établie et dans un état prospère. Le pieux seigneur eut une fin digne de sa vie; sa mort fut celle d’un chevalier chrétien. La chronique rapporte que son décès eut lieu environ trente ans après l’érection de son monastère et cette date concorde assez exactement avec celle qui était in­diquée sur sa tombe. D’après ce monument le chevalier mourut le 5 décembre 1250; et la dame de Udekem, Laurette de Perwez, seulement le 8 novembre 1254. Le sire de Udekem fut enterré avec pompe, dans l’église de Pellenberg[50], et le Chroniqueur nous rapporte que les funérailles se firent dans le couvent. Ce détail nous porte à croire que le chevalier se serait retiré dans une partie du cloître et qu’il y serait mort entouré de ses pieuses enfants.

 

Le septième prévôt de l’abbaye de Gempe fut un chanoine régulier de St. Michel à Anvers, nommé Arnold. Ce moine se démit de ses fonctions après quatre ans en 1257. Son successeur fut Guillaume de Hontsheim, religieux de Parc[51].

 

Depuis ce moment, le monastère fut exclusivement administré, à une exception près, par des chanoines de Parc portant le titre de Prévôt, plus tard simplement celui de prieur. Ce directeur était élu par les reli­gieuses, réunies en chapitre; il recevait l’investiture de son abbé, et a­vait la prérogative de nommer aux cures vacantes, dont l’abbaye avait le patronage[52].

 

            L’administration de Guillaume de Hontsheim fut extrêmement heureuse. D’un coté, les bâtiments s’embellirent et s’agrandirent, pendant que les ressources de l’abbaye s’augmentaient. De l’autre le directeur ne négligea rien pour maintenir parmi les religieuses l’esprit de concorde et les pratiques traditionnelles de fervente piété. Ce fut lui qui entreprit la construction de l’église, que la chronique nous dépeint comme un monument digne de sa haute destinée. Helwige de Udekem, une des filles de Renier, qui était alors prieure (1260), contribua puissament à l’érection du nouveau temple. Des huit darnes de Udekem, il n’en restait plus que quatre: Helwige, la prieure de l’Ile­-Duc, et trois de ses sœurs, dont l’une, Marguerite, é­tait prieure du monastère du Val-des-Lys; les quatre autres étaient décédées. L’é­glise fut consacrée le jour de Pâques closes[53] de l’an 1260. Elle fut dédiée à la Ste. Vierge et reçut comme patrons secondaires St. Jean-Baptiste et St. Jean l’Evangéliste. La dédicace fut faite par le révérend Arnold, évê­que de Semigalle, ensuite suffragant de l’évêque de Liège pour le spirituel.

Préface

I. De 1219 à 1260: Renier de Udekem

II. Cinq siècles d'existence

III. La fin du monastère

Terug/retour


[1] Udekem est une ancienne cour féodale située sous Corbeeck-over-Loo et Bierbeeck, près de Louvain cfr. EDM. POULLET, "Les juridictions et la propriété foncière dans le quartier de Louvain au XVe, siècle

[2]­ Arch. partic. Extrait d’une ancienne chronique manuscrite: 1156 Tutores Ducis fuerat Grardi de Wesemale, Arnold de Wemmel, Herici de Gaesbeke, Art de Rotselaer, qui "abdicarunt comitis nobilis brab. Lovanii indictis. Aderat hic Goswine de Heverlé, Godefridus de Rotselaer, frater Arnoldi Henricus de Bauterse, Arnold de Crayenhem, Arn. de Diest, Arn. de Walhain, Reginerus de Lovanio, ,Walt de Bierbeke, Ecbertus de Bygaerden, Arn. de Velpa, Ad. de Jacca, Regiso de Udechem, Grard de Whellebeca, Walter de Bavechineo, Arn. de Ysca, Walt. de Eppeghem, Bertholdus de Saventhem, Walt. Castellanius Vurensis, Livine, Castellan, Bruxell. Berno de Attenhove, Bastini Limalensis

[3] Généalogie de la famille d’Udekem, reposant au ministère des affaires étrangères. Ce document est dressé par Jérome de Becberghe, premier roi et héraut d’armes et conseiller des Infants Albert et Isabelle; il est
daté du 19 avril 1621 et appuyé de preuves, tirées d’actes publics et privés, de pierres tumulaires et de quartiers.

[4] Chroniq. mss.-­ A. Miraeus, Donat. Belgic., -p. 586.

[5] Généalogie de la famille d’Udekem par Jérome de Becberghe: archives du ministère des affaires étrangères. Cfr. plus haut - Le trésor des privilèges de Bruxelles.

[6] Les sires de Perwez formaient une branche cadette des comtes de Louvain, ducs de Brabant. Guillaume de Louvain était frère utérin de Henri I    dit le guerroyeur, duc de Brabant et de Lothier, et de St. Albert de Louvain, évêque de Liège. Le duc Godefroy III épousa Marguerite de Limbourg, dont il eut entre autres enfants le duc Henri I et St. Albert, il épousa ensuite Imaine de Looz.

[7] St. Norbert naquit à Santen, dans le duché de Cleves, en 1081. ­I1 fonda en 1120, à Prémontré, près de Laon, l’Ordre dit des Prémontrés et mourut archevêque de Magdebourg, l’an 1134.

[8] De l’Ordre de Citeaux.

[9] L’abbaye de Parc, près de Louvain, de la règle norbertine, fut fondée en 1129 par Godefroy le Barbu -­ Divaeus, Annal. Lovan.

[10] ­ Chronique de Gempe. Catalogus praepositorum monasterii Insul. Ducis. Archives de l’abbaye de Parc.

[11]  Sanderus, Chorographia sacra Brabant. , dit en parlant de Baudouin: Vir singularis prirnus praepositus atque pastor monalium praemonstrat. ordinis tunc in Pellenberg.

[12] Cartulaire du prieuré de Gempe. Archives, de 1’abbaye de Parc. Le savant bibliothécaire de l’abbaye de Parc, M. le chanoine Dillen, nous a ouvert les riches archives de son abbaye, avec une obligeance toute particuliere, et nous a prêté son concours bienveillant; nous lui en témoignons ici toute notre reconnaissance. Nous ren­dons également hommage au R. P. Deynoodt, qui nous a fourni d’inté­ressants renseignements et dont le concours nous a été de la plus grande utilité.

[13] Jean de Hoioul, neuvième abbé de Floreffe, élu en 1220, abdiqua en l239, FISEN, "Flores eccles. Leod."

[14] Salomon, huitième abbé de Tongerloo, décéda l’an 1222. SANDERUS,  " Chorogr. sacra. Brabant.

[15] Baudouin, septième abbé d’Averbode, était l’ami de cœur de St. Engel­bert, archevêque de Cologne; il mourut en 1226. VAN GESTEL, " Historia archiep. Mechlin.

[16] WICHMANS, Brabantia mariana, p. 789. Necrologum Tongerloen. 16 kalend. april.

[17] Cartulaire de Gempe. Archives de Parc. EDM. POULLET, “ Les juridictions et la propriété foncière dans le quartier de Louvain au XVe siècle.

[18] WICHMANS, Brabantia mariana, 790.

[19] L ‘abbaye de St. Corneille et Cyprien suivait la règle de St. Norbert. Elle fut fondée à Ninove en 1137. SANDERUS, “ Flandria illustr.”

[20] MIRAEUS, Notitia Eccles. Belgic., p.748. Cartulaire du prieuré de Gempe. Littera E. archives de l’abbaye de Parc.-­ MOLANUS, p. 216 et 217. T. I. dit décembre.

[21] Plus tard Henri II, dit le Magnanime.

[22] Ce moulin rapportait au XVe siècle 25 muids de seigle au cou­vent. Registres échevin. de Louvain. POULLET, "Les juridictions etc.., ouvrage précité.

[23] WICHMANS, Brabantia mariana.

[24] MOLANUS fixe l’inauguration du nouveau couvent à l’an 1230.

[25] L’abbaye de St. Martin de Laon, établie à Prémontré par St. Norbert, donna son nom à l’Ordre des Norbertins. Cette abbaye est la maison mère d’où sortirent les premiers religieux que Godefroy le Barbu établit à Parc, près de Louvain. MIRAEUS,"Opera,diplomat.,t.I, p. 90. RAYMAEKERS, Recherches historiques sur l’abbaye de Parc.

[26] Cartulaire de Gempe. Archives de Parc.

[27] MIRAEUS, "Supplementa ad diplomat, 862.”

[28] Van Gestel, "Historia archiep. Mechlin." Guide fidèle de Louvain. Voir Pellenberg.

[29] Voir les chartes.­ Cette dénomination impropre résulte d’une erreur commise dans la traduction du flamand au latin et au français. Le monastère de Gempe occupait un territoire qu’on appelait en flamand T’ Serthoghe Heylandt, c’est-à-dire, la bruyère du duc. Mais une confusion de mots en a fait T’Serthoghe Eylandt, ce qui voudrait dire l’île du duc. Or, la configuration du terrain dé­ment cette traduction; il n’y a à Gempe ni île, ni eaux suffisantes pour en former une; la partie de terres concédées par Henri I au couvent n’était qu’un démembrement de la vaste bruyère que possédait le souverain et qui s’étendait depuis Louvain jusqu’au-delà de Diest. On peut voir dans la charte de fondation de l’ab­baye de Val-Duc, sise à deux petites lieues de Gempe, que les bru­yères s’étendaient de l’une à l’autre de ces deux abbayes.

[30] La bruyères croît en effet de façon naturelle dans cette région, mais uniquement sur des  sols sablonneux, qu’on ne rencontre que sur les terrains en forte pente, où le sable tertiaire apparaît à la surface suite à l’érosion. Or Gempe se situe dans la vallée de la Molenbeek, qui a un sol argileux et marécageux. La connaissance du terrain, avec son abondance de ruissaux, plaide plus en faveur de l’hypothèse de l’île  que de celle de la bruyère.

[31] MIRAEUS, p. 852.

[32] L’abbaye de Heylissem, près de Tirlemont fut fondée en 1129. Elle était de l’Ordre des Prémontrés. Gilles de Ninove fut le septième abbé de cette maison.

[33] ­ Archives de l’abbaye de Parc.

[34] Mechlinia nascens et crescens.

[35] Gedenckschriften van Mechelen.­

[36] Bulle par extrait de Grégoire IX, qui accorde etc. ...Vidimus ori­gin. en latin de maître Aubert de Marka, chanoine et official de... sceau en cire verte, fruste, pendant à une double bande de par­chemin 1228.­ Archives de Malines, dû­ à l’obligeance de M. Van Doren, archiviste communa1.

[37] Dans la suite le prieuré de Leliëndael, à son tour, donna naissance à un monastère de sa règle, à Hérentals (1420), cette maison por­tait le nom de Hortus conclusus. Ce qui a fait dire, en parlant du cloître de Gempe: "Mater vallis Liliorum, avia Horti conclusi. " Summaria cronologia Parchensis, Lov.­ 1662, -WICHMANS, Brabantia mariana.

[38] BUTKENS, Théâtre sacré du Brabant, p. 82.

[39] ­ Près de Vilvorde.

[40] Archives de Parc.

[41] ­ L’an 1235, la veille de la fête de Ste. Marie Magdeleine, l’ar­chidiacre de Liège confirma certaines libéralités faites au prieu­ré, par un pieux ecclésiastique, nommé Godefroid: ce prêtre avait donné la collation de la cure de Nieuwrode (à une lieue d’Aerschot et à trois lieues de Sichem) à la supérieure de Gempe. Celle-ci transféra son privilège à l’abbaye de Parc.

Godefroid avait également pour la durée de sa vie, af­fecté tous les revenus de cette paroisse au même monastère. Une déclaration de l’archidiacre en 1239 le prouve à l’évidence. Quelques années plus tard, Henri II, duc de Lothier et de Brabant, transmit aux religieuses de l’Ile-Duc tous les droits qu’il exerçait sur la chapelle de Nieuwrode; cette donation fut scellée au château de Tervueren, la veille du jour des innocents en 1239.

Florent, abbé de St. Corneille de Munster, par chartes du mois d’août 1241, confirma le droit de patronage que le couve­nt de Gempe avait sur l’église de Winghe-St.-Georges.

Ce droit de patronage avait été conféré au prieuré en 1233 par Geldolphe de Oppendorp et par Renier de Winghe,

diacre. Au mois de novembre 1241, les privilèges du monastère s’accrurent encore grâce aux largesses de Jean d’Aerschot, dit Schoonhove. Ce seigneur renonça à ses droits personnels sur l’église ou la chapelle de Nieuwrode, et à la collation de l’au­tel de la Sainte-Vierge à condition que le révérend Père Olivier, alors titulaire de ce bénéfice, put en jouir jusqu’à la fin de ses jours. Après son décès, tous les fruits de cette cure devaient faire retour au monastère de l’Ile-Duc, sauf à payer la somme an­nuelle de 9 livres, petite monnaie de Louvain, au chapelain du couvent. Dans la suite, le même sire de Schoonhoven déclara n’avoir plus aucun droit sur la dite église .

[42] Archives de Parc.

[43] WICHMANS, Brabantia mariana.

[44] Archives de Parc.

[45] Vers ce temps, en 1250, l’abbaye de l’Ile-Duc obtint de l’évêque de Liège, Henri de Gueldre, la confirmation de toutes les donations faites par le duc de Brabant (Cartulaire de Gempe; archives de Parc ). A cette même époque, la communauté reçut d’un bienfaiteur une part dans la dîme de Winghe-St .-Georges. (Cartulaire de Gempe).

[46] Le 14 novembre. Archives de l’abbaye de Parc.

[47] Aujourd’hui le moulin à eau de Gempe.

[48] Archives de Parc.

[49] Henri II, fidèle à la promesse de protectorat que son père Henri I avait faite à la communauté, la gratifia, en 1251, de 24 bonniers de bruyères, situées sous Houdert. L’évêque de Liège ratifia cette libéralité dans le courant de la même année, et délivra la confirmation du droit au patronage sur l’église de Winghe-St.-Georges, que l’lle-Duc avait déjà reçue de Geldolphe de Oppendorp. Henri, sire de Bautersen, transmit au monastère en mai 1225 tous ses droits sur l’église de Cortelke, ainsi que les dîmes qu’il percevait des terres de cette commune.

Déjà en 1236, ce seigneur avait fait la même donation, par devant le doyen de St. Pierre à Louvain. Mais pour éviter les contestations qui auraient pu surgir par rapport à son age: lors de la première fondation, il n’avait pas 25 ans; il voulut la confirmer par ses lettres de 1255.

Nous voyons qu’au XVe siècle, la grande dîme de Cortelke revenait à l’abbaye de Gempe, tandis que la petite était réservée au curé de l’endroit. La donation de Henri de Bautersen fut approuvée à Rome par un bref du Pape Innocent IV, donné au palais de Latran, le huitième jour des ides de février (6 fé­vrier) 1254. Cette bulle confirmait la donation faite par le sire de Bauter­sen, en 1236, et de la validité de laquelle on doutait. Par le même acte, le saint Père ratifia le droit de patronage que le monastère avait acquis sur les églises de Winghe-St.-Georges et de Nieuwrode. Remarquons que l’évêque de Liège avait déja, en 1252,approuvé la charte de 1236, qui conférait le patronage de l’église de Cortelke au prieuré. Le prélat avait reconnu la même année le droit du monastère sur les fruits de Nieuwrode.

[50] Le tombeau des deux époux se trouvait jadis dans l’église paroissiale de Pellenberg. Il était recouvert d’une pierre tumulaire, qu’il faut rapporter évidemment au XVe siècle et non au XIIIe. Il est probable que cette épitaphe a été faite en remplacement d’une inscription plus ancienne. Ce monument funéraire de marbre bleu nous représente le chevalier couché les mains jointes et armé de toutes pièces; au bras gauche pend son

bouclier peint aux armes de Udekem: de sable à trois maillets d’or, à sa droite, à ses pieds repose le casque; à sa gauche le gantelet.

Laurette de Perwez est représentée couchée à côté de son mari, également les mains jointes. Elle a les épaules couvertes d’un manteau avec col et bordure d’hermine; à sa gauche se trouve l’écusson en losange écartelé au I° et au 4° de Louvain-Perwez, au 2° et au 3° de Looz.

[51] MOLANUS le nomme Jean de Hontheim.

[52] RAYMAEKRS, "Recherches historiques sur l’abbaye de Parc."

[53] WICHMANS, Brabantia mariana.

Préface

I. De 1219 à 1260: Renier de Udekem

II. Cinq siècles d'existence

III. La fin du monastère

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