Méthodes de collection des spécimens destinés à l'aquariophilie marine.

par Bob Fenner

D'où peuvent donc venir les innombrables poissons, invertébrés, algues, pierres vivantes et substrats que l'on rencontre dans notre hobby?  La majorité, plus de 99% sont collectés dans la nature, moissonnés sur des stocks vivants dans les océans, à basse profondeur.  Les animaux provenant d'élevage se font de plus en plus nombreux chaque année et leur qualité se bonifie aussi.  Le nombre de ces derniers reste quand même dérisoire comparé à ce qui est prélevé sur les océans.

Les méthodes et techniques de collection sont diverses et ont une influence directe vis à vis des "utilisateurs" finals que sont les aquariophiles.  Le degré de rudesse dans la capture et le traumatisme qui s'ensuit influencent fortement le pourcentage d'animaux vivants en fin de chaîne, le commerce de détail.  Quel que soit le degré de précautions prises pour donner un environnement stable et optimisé aux animaux capturés, ceux qui se retrouvent excessivement stressés succombent rapidement à causes de méthodes de pêche et de manutention mal adaptées.

Voici un survol des principales façons de se procurer les animaux marins avec des exemples illustrant les principaux types d'animaux recueillis.  (Note de la traduction :Les photos relatives à cet article peuvent se retrouver dans le fameux livre de Bob.)

Elevage.

Nous avons ici la meilleure catégorie de poissons trouvés dans le commerce; cela est dû à la haute capacité de survie et d'adaptation des spécimens, compte non tenu des prélèvements qu'elle permet de diminuer dans la nature.  Certains de nous sont de vieux briscards,  assez pour se rappeler la fragilité que présentaient les Discus sauvages d'eau douce avant que n'intervienne une sélection artificielle due aux générations captives.  Les multiples lignées de poissons captifs ont un rendement meilleur en aquariophilie, tant marine que d'eau douce.

Certains exemples célèbres de poissons marins qui sont élevés sont les gobies nettoyeurs, Gobiosoma, les Clowns, Amphiprion perideraion, Premnas biaculeatus, le faux Percula, Amphiprion ocellaris, Amphiprion clarkii et autres.  Plus récemment, certains pseudochromidés comme  Assessor flavissimus, Labracinus cyclopthalmus et Pseudochromis dutoiti on rejoint la liste.

Des organismes marins autres que poissons sont aussi produits en captivité et en grand nombre.  Des histoires à succès comme celles des Stenopus hispidus, Tridacna, des coraux fragmentés, Acroporidés, certaines algues, Caulerpa p.e et des pierres vivantes ne vous sont pas inconnues.

Certains de ces organismes sont incités à frayer par la manipulation environnementale, d'autres reçoivent des stimulations hormonales, d'autres encore sont multipliés par division végétative manuelle.  Ils ont tous prouvé être plus solide, moins sensibles aux infections, grandir plus vite et accepter sans problème les conditions de vie en captivité, ce qui n'est pas toujours le cas des espèces provenant de la nature sauvage.  Un conseil : si vous achetez, achetez ces derniers quand vous le pouvez.

Pêches au filet et à la main.

Il s'agit de la façon la plus habituelle de capture d'animaux marins, elle amène 85 à 90% du total des ventes.  Il existe des variations dans ces méthodes de pêche (hauteur des filets, largeur des mailles et type de filets selon les espèces visées).  Fondamentalement, une clôture ou barrière est un filet rectangulaire transparent avec une plombée sur le fond et une ligne de flotteurs en surface.  Ce piège est déployé précautionneusement après avoir prospecté un endroit donné de l'océan dans le but de se rendre compte de sa richesse.  Le piège se compose d'une ou plusieurs poches en "U" ou en "W" avec une pierre ou une attache(tendeur ou crochet de caoutchouc) pour permettre une indentation(poche) concave.  Les prises y sont dirigées à la main.  Elles sont alors prélevées au moyen d'épuisettes et transférées dans des bacs pour décompression.

Beaucoup de groupes de poissons sont récoltés au moyen de cette technique, la plupart des chirurgiens : Acanthurus lineatus, Acanthurus coeruleus, Acanthurus sohal (endémique de la Mer Rouge), le genre Ctenochaetus, plus spécialement Strigosus, le Paracanthurus hepatus et tous les membres du genre Zebrasoma, avec en vedette le fameux flavescens; Les poissons-papillons : Chaetodon auriga, Chaetodon ephippium, Chaetodon ephippium, Chaetodon lunula.  Le genre Forcipiger au long rostre, le genre Hemitaurichthys, le genre Heniochus, la plupart des labres (au moyen de mailles réduites) les demoiselles de plusieurs genres comme Dascyllus albisella, chrysiptera et taupou, les Chromis, le genre Abudefduf, avec nombre d'autres genres d'eaux peu profondes et profondes.  Notez que vous avez des variétés indésirables pour la pêche pratiquée de cette façon, les Balistes qui nagent comme des obus, Xanthichtys mento; les Poissons-perroquets(Scaridae), le Sparisoma viride, forment tous des cauchemars pour le captureur, ils mâchent les filets pour y faire un trou qui permettra à vos captures du jour de s'enfuir avec comme résultat la destruction du filet et la perte d'une journée de travail.

Pêche manuelle, etc...

Vous croyez être plus rapide avec une épuisette?  Vous possédez une bonne coordination oeil/main?  Certains poissons et autres crustacés sont l'objet d'un combat mano a mano, avec des résultats avoisinant le zéro, la ruse, la vitesse et la dextérité étant vos/leurs meilleurs alliés...  Des pêcheurs plus expérimentés utilisent des appareils spéciaux (top secret) de concert avec une épuisette.

Deux Poissons-papillons coûteux : Chaetodon tinkeri et Chaetodon declivis sont chassés à des profondeurs notables et pris à l'épuisette là où ils nagent.  Les Gramma loreto sont effrayés et dirigés vers une épuisette qui va à leur rencontre d'une direction opposée comme certaines murènes, Echidna nebulosa; on agit de même pour les Lactoria, Ostracion meleagris, Diodon, Arothron nigropunctatus, Canthigaster.  Les poissons-clowns (l'hôte de la Mer Rouge,  Amphiprion bicinctus, avec son anémone symbiotique), les Cirrhitidae sont littéralement poussés dans les épuisettes.

Un outil spécial est utilisé pour bloquer la fuite en arrière de poissons comme les Microdesmidae.  Ceux-ci filent comme une flèche, vifs comme l'éclair, seul moyen : leur couper la retraite vers leur terrier corallien.  Un panneau en acrylique transparent vous permet d'y arriver.  Les poissons qui s'ensablent comme les Opistognathidae (Opistognhatus aurifrons) peuvent être débusqués en agitant une petite pelle devant leur refuge.  Vous pouvez aussi avec votre pelle prendre une portion du substrat et la verser dans votre épuisette tout en la secouant, cela marche et vous trouverez alternativement des Opistos et des Labres fouisseurs.

Certains poissons pélagiques(Carcharias melanopterus) se retrouvent parfois d'une façon propice sur des plateaux coralliens.  Le port de chaussures est conseillé, gare aux doigts aussi.  Certains platax juvéniles se "coucheront" lorsqu'ils seront poursuivis, dans l'espoir que leur apparence induira le prédateur en erreur en les confondant avec des feuilles de mangrove.

Fusils-seringue : amusants mais pas efficients.

Sous l'aspect d'une seringue géante, sont des engins manuels employant l'air comprimé(dangereux) pour sucer littéralement de petites captures à la nage incertaine comme les gobies et les blennies.

Dans l'obscurité de la nuit.

Si vous ne craignez pas l'obscurité ou le requin-tigre(Galeocardo cuvier) derrière vous, un paquet de poissons (et d'argent) peut être obtenu en les "picorant" sur le fond de l'océan pendant que ces créatures se reposent.  C'est une méthode de pêche qui permet d'obtenir pratiquement tout.  Acanthurus achilles au corps fragile en est un exemple notable, lui qui peut être facilement abîmé lorsqu'il est brinqueballé durant le jour dans un filet.  Mentionnons aussi les Nasos, dangereux lorsqu'ils sont de grande taille, les poissons-perroquets comme Scarus ghobban dormant dans son cocon de mucus protecteur.  Quoique n'étant pas une vedette dans le commerce, de coûteuses murènes comme Muraena pardalis(voir photo ci-dessous) peuvent être aussi ramassée la nuit lorsqu'elles chassent sur le fond.  Il est évident de savoir dans cette option, comment s'approprier ces poissons sans les blesser.

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Pièges.

L'usage de pièges est une méthode aussi paresseuse que la pêche nocturne du plongeur.  Elle ramène de Signifier, des murènes comme la murène réticulée(Gymnothorax permistus), des chirurgiens, etc.  Toutes ces prises s'insinuent dans les multiples couloirs appâtés ou non des trappes disposées à leur intention.

Pêche à la ligne.

Certains poissons pélagiques dotés de bonnes mâchoires et d'un comportement furtif sont pêchés au moyen de lignes à hameçon eschées.  J'ai pris sous l'eau des Lienardella fasciata en Australie et partout dans le monde j'ai pêché des Cephalopholis argus et leurs cousins.  De la surface, j'ai pris des Balistes dans les Caraïbes et de petits requins comme le Chiloscyllium punctatum et plus grands comme Orectolobus japonicus de la famille des Orectolobidae.

Anesthésiques vrais.

Sont répartis selon leur champ d'activité : temporaires, spécifiques(affectant le système nerveux central) et réversibles.  La Quinaldine et le MS222 sont utilisés dans certaines parties du monde pour endormir des poissons coûteux(deux anges de l'Atlantique occidental," la beauté des rochers" : Holacanthus tricolor et la reine, Holacanthus ciliaris), à titre personnel je souhaiterais que cela ne se passe pas ainsi mais...  Les mêmes espèces provenant de plus loin encore(Floride) supportent mieux que leurs congénères ci-avant les suites de l'anesthésie, ils mangent et survivent en plus grand nombre.  Certains prétendent que cette méthode de pêche est plus relaxante pour les proies, surtout les plus grandes, elle diminue le traumatisme de la capture.  Je ne suis pas d'accord.  Il existe une différence définitive entre la mortalité des poissons pris de cette façon et selon d'autres manières.  Ces derniers encourent souvent plus de blessures aux nageoires mais cela se répare vite.  La pêche aux anesthésiques ne réussit pas à conserver en vie assez de poissons et les causes en sont inconnues.

Poisons:

Hélas, il existe encore des endroits (partie des Philippines et de l'Indonésie) où on utilise encore  les cyanures, les extraits de plante et autres poisons pour extraire les proies du corail ou des pierres.  Ces toxiques ne sont anesthésiants, leurs effets sont souvent irréversibles et permanents(mort).  Ils sont biocides.  Savoir quelles espèces sont pêchées au moyen de ces armes mortelles et les reconnaître, voilà à quoi je peux vous aider.  Les plus connues : le poisson-ange du genre Euxiphipops, le majestueux Pomacanthus E. navarchus, l'ange à six bandes P. E. sexstriatus et l'ange à face bleue : P. E. xanthometopon.  L'exemplaire que vous envisagez de vous procurer est-il alerte?  Est-il intéressé par son environnement?  Montre-t-il des signes d'avoir perçu votre présence et est-il coloré normalement?  Mieux vaut jouer le jeu et faire gros dos avec ces échantillons suspects, n'achetez pas dans les quinze jours de la rentrée en magasin et assurez-vous qu'ils se nourrissent.  Pas facile évidemment mais c'est à cette seule condition que vous pourrez éviter de vous attirer des avatars par la suite.

Conclusion.

Comme vous vous en apercevez plusieurs méthodes sont employées pour récolter la vie marine.  Chaque stratégie a une palette de proies bien définie.  Dans le but de vous faire une idée là-dessus, il est utile de réaliser comment les prises sont réalisées, stockées et transportées.  Tout concourant en somme à assumer l'affirmation du succès de la maintenance de la vie aquatique captive.