La vie marine dans l'aquariophilie.
par Bob Fenner
L'industrie aquatique ornementale repose sur la collection par d'intrépides plongeurs de la plus grande majorité de nos poissons, coraux, crustacés, mollusques, algues et autres pensionnaires habituels. Les pierres vivantes en font partie aussi. Moins de un pour cent des organismes marins utilisés en aquariophilie est issu de l'élevage(voyez en la table), une poignée pour la plupart, en grande majorité des Poissons clowns, des gobies nettoyeurs et un mélange inégal d'animaux qu'on appellera des "non-poissons".
Organismes marins régulièrement offerts dans le commerce :
Poissons et autres
Amphiprion frenatus Tridacna spp Pierres vivantes Amphiprion clarkii Haliotis spp Algues(gracilaria, ulva) Amphiprion ocellaris Amphiprion perideraion Gobiosoma oceanops D'autres espèces ont été élevées en captivité, aucune n'a présenté un succès commercial (attention, cette dernière info est peut-être dépassée depuis...Il existe maintenant des douzaines d'invertébrés et plus de poissons encore qui sont élevés de façon industrielle).
Impact.
Mais d'où viennent-ils donc?(Pour des raisons diverses, manque de licence, autres documents pour pays étrangers, dissémination, manque de modernité de l'industrie aquariophile, tout cela couplé au fameux "secret commercial", beaucoup de spécimens vivants ne sont pas en vente sur le marché. Au travers de beaucoup d'années passés dans le commerce aux USA et à l'étranger, de contacts personnels et de lecture entre les lignes, j'estime que la majorité du stock mis sur le marché trouve son origine à deux endroits : les Iles Philippines (65%) et l'Indonésie(20%), le reste étant partagé entre la région Floride/Iles Caraïbes, Hawaai et l'Australie. Un tout petit reste nous arrive de Guam, Tonga, les Iles Marshall et Costa Rica. Notez bien que cette liste date du milieu des années 1990 et parle des pays/régions d'origine, pas des pays des intermédiaires ou des endroits de transbordement.
Et où vont-ils? La moitié de ces êtres vivants est destinée aux E.U., le reste se divise pour une très grosse partie vers des revendeurs en Europe de l'Ouest et le Japon; le résidu est dispersé dans le reste du monde.
Mon estimation personnelle est que même en étant admissibles(pêche à la main, filets contraignants, pièges, etc...) les pratiques de collection ne laissent en vie que la moitié des prises qui partent de leur lieu d'origine. De ceux-ci(les vivants) un cinquième est perdu lors du transit et de la consigne, un autre cinquième meurt dans les quarante huit heures suivant l'arrivée. Des trois cinquièmes restants, deux passent encore l'arme à gauche durant le mois. OUI, cela fait qu'il ne reste que dix pour cent des animaux originellement capturés en vie. Virtuellement aucun (<1/%) ne vit plus d'un an en captivité!
Ces pertes sont-elles excessives? Economiquement parlant, non. Le commerce des animaux aquatiques aux E.U. a généré un chiffre d'affaires d'environ six cent millions de $ Us, desquels 17% venaient de la branche "marine"(International Marine Life Alliance Canada News Release). La plupart des revendeurs espèrent crever ce plafond, même en commerce "marin". Les stocks d'animaux vivants aidant à vendre les accessoires ad-hoc.
L'aspect moral du problème est de savoir si la capture et la détention de vie marine est conforme à l'éthique et nous devrions nous limiter là et laisser les gouvernements décider pour nous.
Quel est l'impact sur la masse vivante en liberté de telles captures? La collection de poissons marins, d'invertébrés et d'algues dans un but ornemental ne pèsera pas d'une façon dangereuse et délétère? Est-ce que les méthodes employées et l'extension des prises ne demandent pas qu'on les bannisse entièrement?
Essayons de comprendre ces sources de mortalité dans le contexte ou sont impliquées les actions naturelles et humaines?
Plusieurs centaines de milliers d'organismes marins et quelques centaines de tonnes de pierres vivantes sont extraites des océans chaque année pour le commerce des animaux de compagnie.. La plupart des captures se font via des méthodes acceptables utilisant des types de filets et pièges variés. Pourtant, certaines allégations prétendent que d'autres techniques néfastes prouvées ou non sont pratiquées d'une façon extensive. Les explosifs ne sont utilisés que pour tuer le poisson. Les poisons aussi sauf une douloureuse exception, l'emploi du cyanure. Toujours utilisé aux Iles Philippines et ayant sévi en d'autres temps et dans d'autres endroits de l'Indo-Pacifique, son usage se restreint tout en desservant le but recherché.
Je prétends que la manière dont la plupart des poissons marins sont pêchés et le nombre de prises n'ont qu'un impact minime sur les récifs et les autres habitants. Mon opinion repose sur le potentiel de remplacement affiché par ces organismes. Habitant la terre ferme notre cadre de vie habituel comporte des arbres, des oiseaux et des mammifères. La reproduction de la vie présente des caractères beaucoup plus robustes dans le milieu côtier. Par exemple : abattre 90% de la biomasse dans une forêt peut présenter une perte capitale d'abondance et de diversité qui se mesure en années. L'environnement aquatique réagit et compense les pertes beaucoup plus rapidement à tel point que constater une rupture de stock n'est discernable que pendant quelques mois.
L'humanité maladroite et lente ne représente qu'un pourcentage insignifiant de la mortalité des réserves vivantes comparée aux sources naturelles comme les courants, les tempêtes, la prédation, la famine et la compétition territoriale.
On ne me pardonnerait pas d'oublier qu'il existe des organismes qui devraient être épargnés ou faire l'objet d'une pêche limitée. Surtout les poissons qui ne "marchent" pas en captivité, beaucoup de poissons mangeurs de coraux comme les Poissons-papillons, les Murènes, les Zancles et beaucoup d'invertébrés sédentaires, coraux durs, grandes anémones, bénitiers géants, éponges et d'autres qui ont un pouvoir de génération lent, une croissance et un potentiel de remplacement peu rapides et présentant des chances de survie en captivité près du coefficient zéro. Au crédit du commerce des poissons, beaucoup d'auteurs attirent l'attention des amateurs sur ces états de chose et leur demandent de se refuser à détenir ces espèces délicates.
Autres sources de mortalité.
Dans toute discussion loyale il est nécessaire d'étaler toutes données en notre possession. Dans ce cas-ci : autres pertes dues à l'homme et pertes naturelles.
Ne serait-il pas formidable de pouvoir élucider tous les tenants et aboutissants des causes naturelles de décès dans les habitats marins? Mais concentrons-nous sur celles que nous pouvons qualifier avec certitude d' humaines.
Développement : il a historiquement prouvé être d'une grande influence négative. Les travaux oro-hydrographiques ont dénaturé de vastes aires côtières, éjectant ostensiblement toute diversité macro-biologique pour de longues périodes.
La recherche de nourriture : au moyen de techniques et d'engins modernes a donné des résultats désastreux, entre autres, la pêche à la sardine dans le Pacifique Nord, la diminution de la taille des mailles dans les filets employés dans les grands lacs africains. La technologie moderne devrait être maniée avec prudence pour obtenir et surtout maintenir un rapport acceptable dans le temps.
L'intrusion militaire : la collectivité humaine affecte présentement un quart de leur PNB à leur budget "défense". L'armée des E.U. avait en 1993 un budget d'environ 289 milliards de Us $(Business Week, février 1994, page 8), plus que l'ensemble des dix pays suivants de la statistique! Un gros morceau des déchets matériels : huiles usagées, gasoil, restes nucléaires, carburants divers d'avions, Cfcs, arrivent dans les océans. Pourquoi dépensons-nous et détruisons-nous tant de ressources dans l'unique but de nous entretuer sur cette planète?
Tourisme : écologique ou autre, dégrade les mêmes niches. Les plongeurs amateurs, pêcheurs amateurs avec les ancres de leurs bateaux, les carburants et les nuisances auditives. En résumé: "business of life" (intraduisible mais voulant dire "l'industrie des loisirs", en gros) ou la consommation humaine si vous préférez, contribue à prélever un lourd tribut sur les ressources naturelles.
Ces sources de mortalité sont excessivement plus destructives et absentes de nuances que la collection d'organismes pour approvisionner le commerce des animaux vivants. Tout ceci étant dit, même si la pêche, le transport et la détention d'animaux marins, ne suscitent qu'un pourcentage minimum de perte dans les habitats naturels, quel est donc l'intérêt de réguler le marché en question? Peut-être une nouvelle source de revenus pour les états (taxes) ou une escalade bureaucratique ou encore un écran de fumée cachant d'autres buts? Comment engranger des fonds de la part de groupes ou d'individus sans un tel sensationnalisme? Combien d'argent peut-on se faire en attaquant le tourisme ou les sources officielles de pollution et d'inefficacité? Le noeud du problème : la pêche marine pour notre hobby peut-elle se faire au détriment de la vie des océans?
Conclusion.
Cher lecteur, je me range du côté de la majorité silencieuse pour dire que le prix payé est en effet minime comparé aux bénéfices tangibles : devises pour les pays d'origine, l'art et la science d'essayer de maintenir en vie dans vos maisons et appartements, ces tranches de vie sauvage. La croissance algébrique de l'intérêt et de la prise de conscience, l'appréciation de la grandeur de la nature, sont en fonction de la prise de responsabilité protectrice conséquente qui a été engendrée de ce fait. Oui, cela en vaut la peine.