© Bob Fenner

Les "Dents en brosse".

Poissons-chirurgiens du genre

Ctenochaetus

Ci-dessus : Ctenochaetus striatus mâle
LIENS VERS Acanthurus Paracanthurus Zebrasoma

Les Poissons-chirurgiens de la famille des Acanthuridés sont parmi les spécimens marins les plus généralement gardés en captivité.  Chaque aquariophile amateur digne de ce nom peut identifier un Naso, un Jaune, un Bleu à queue jaune, etc.  L'utilisation des  Poissons-chirurgiens dans notre passe-temps se justifie; ils sont nombreux et faciles à capturer sur les récifs tropicaux et plusieurs espèces de la famille peuvent vivre facilement en captivité.

On pourrait se demander, "et les autres; y-a-t-il quelque chose en leur défaveur?" Une certaine réponse pourrait impliquer le fait que certains poissons des genres Naso et Prionurus, deviennent trop grands, exigeant dès lors des aquariums volumineux(centaines aux milliers de litres) une fois arrivés à la taille adulte. D'autres raisons formulées dans d'autres réponses avancent l'inaptitude de leur ajout aux communautés établies.  Mais si nous parlions maintenant des Chirurgiens du genre Ctenochaetus qui font la matière de cette causerie.

Ils sont agréablement formés, bien colorés, et intéressants du point de vue comportement.  Pourquoi  ne les importe-t-on pas plus souvent?  Sont-ils rares dans la nature?  Trop difficiles à attraper?  Honnêtement : les Ctenochaetus ne sont pas rares ou difficiles à capturer en groupe dans les barrières de filets mais les amateurs n'ont pas été chanceux historiquement dans le maintien de ces espèces.  Les raisons, bien évitables, en sont : erreurs dans les capture, manipulation, transport, et alimentation).  Je présenterai ici mes suggestions pour améliorer leur longévité en captivité.


Classification.  Taxonomie.  Relation avec d'autres groupes.

Un de six genres des Acanthuridés, Ctenochaetus comporte six des soixante-douze espèces décrites de Poissons-chirurgiens. Leurs bouche et dents spécialisées (Ctenochaetus signifie " dent de peigne") définissent les membres du genre.  À la différence d'autres Chirurgiens qui ont la dentition rigide et fixe, les membres de Ctenochaetus ont des dents mobiles individuellement et qui ressemblent aux brins des brosses (à dents par exemple).  Une bouche protractile qui brise l'harmonie de leur silhouette(projetée en avant, dirait-on) garnie d'un tel modèle de dentition,  fournit à ces poissons un dispositif d' alimentation peu commun pour traquer et capturer la faune interstitielle, racler les algues molles et les détritus ayant une valeur nutritive des roches et du substrat.


Aperçu pertinent et non-limitatif concernant les quatre espèces de Ctenochaetus de temps en temps offerts dans le commerce.

Ctenochaetus hawaiiensis , le Chirurgien de Hawaii. Toutes les espèces de Ctenochaetus changent de couleur avec l'âge mais cette espèce le fait d'une façon incomparable. Les jeunes de Ctenochaetus  hawaiiensis  sont inoubliables : le corps orange parcouru de lignes sinueuses d'un bleu électrique. Les adultes deviennent plus foncés et arborent des lignes horizontales bleu-foncé tirant parfois sur le noir.  Ci-contre : vous voyez à la suite un jeune à gauche et un adulte à droite, tous deux en captivité.

Ctenochaetus striatus (Quoy & Gaimard 1828) le Chirurgien strié.  C'est l'un membre du genre s'avançant en Mer Rouge mais également trouvé dans l'Indo-Pacifique et en Océanie. C'est l'espèce la plus fréquemment importée en Europe.  Le corps est olive terne parsemé par des lignes bleues ondulantes.  De petits points oranges sont disposés sur la tête. Ci-contre : deux spécimens, l'un  aux Fiji et l'autre en Mer Rouge.

Ctenochaetus strigosus (Bennett 1828), le Chirurgien à cercle doré.  Ce poisson et le Chirurgien de Hawaï étant capturés autour des principales îles de cet archipel, ce sont les principales espèces utilisées dans l'hémisphère occidental du globe (le C. strigosus est présent dans tout l'Océan Indien, cependant).  Le Chirurgien à cercle doré est un poisson d'eaux pas trop profondes, jusqu'à 20 mètres tandis que le Chirurgien de Hawaï est capturé plus profondément, à partir de 17 mètres.

Ci contre, Ctenochaetus tominiensis Randall 1955, le Chirurgien de Tomini, est de temps en temps importé des Philippines. Des quatre espèces de Ctenochaetus régulièrement disponibles, il est le plus difficile à conserver.

D'autres espèces de Ctenochaetus que nous mentionnons ci-après le sont pour compléter la série bien qu'ils soient rarement disponibles dans le commerce.

Ctenochaetus marginatus ,Valenciennes 1835.  Ce poisson de l'Indo-Pacifique présente une forte ressemblance avec Ctenochaetus striatus mais peut être considéré comme une espèce distincte par ses couleurs plus rouges et sa nageoire caudale d'un profil plus carré.  C. cyanoguttatus est un synonyme récent.

Ctenochaetus binotatus Randall 1955, le Chirurgien à deux taches, cette appellation est due aux deux secteurs foncés se trouvant à l'arrière de la base des nageoires dorsale et anale. Parfois importé des Philippines.


Aire naturelle de répartition dans le monde.

Indo-Pacifique en grande partie tropical, deux espèces atteignant au Nord-est les eaux de Hawaï, deux allant jusqu'au Pacifique oriental. Une partie le long des côtes africaines, une espèce atteint la Mer Rouge.

Taille.

Ils atteignent une longueur maximum variant entre 15 et 25 centimètres selon les espèces.

Sélection, générale et spécifique.

 

Conditions environnementales.

Habitat.

Bien que lents(?) farouches et effacés, ces poissons exigent de grands espaces pour être vraiment heureux.  De plus, la présence de nombreuses cavités pour s'y réfugier et de surfaces à brouter en suffisance est un plus vital. Un fond de gravier fin et un bon nombre de roches à base de carbonate de calcium seront idéaux pour la croissance de diatomées et formera un piège à détritus pour la nutrition inorganique et organique.

Chimie, Physique.

Les "Dents en brosse" se retrouvent dans des environnements dotés de courants vifs le long des flancs abrupts des récifs.  De ce fait ces espèces sont accoutumées à vivre dans des eaux riches en oxygène et pauvres en déchets solubles.  Ces paramètres peuvent être assortis en poursuivant l'une ou l'autre des deux stratégies suivantes : filtration et entretien super-fastidieux ou taux de population réduite dans un environnement riche en algues vivantes.  Mon choix se porte définitivement sur cette dernière option.

L'entretien réduit et la culture d'algues sur les pierres permettent l'établissement d'un équilibre parfait et la reconstitution du stock alimentaire régulièrement arasé par Ctenochaetus.  Cette situation vous évite de nettoyer à l'aspirateur le gravier de fond du système en laissant au contraire vos poissons s'occuper eux-mêmes du ménage.

pH assez élevé : entre 8 et 8,4; température située dans la gamme comprise entre 22 et 27° centigrades.

Filtration.

Comme indiqué par ailleurs ces Chirurgiens sont des détritivores déclarés, broutant des matériaux biologiques et minéraux sur les roches et les sédiments.  Par conséquent, il est important de ne pas être trop méticuleux en s'acharnant à enlever ces matériaux.

Une circulation rigoureuse est appréciée, elle augmente les chances de croissance des algues bénéfiques, vous y veillerez au moyen de pompes "Power-head" ou via tout autre moyen de circulation d'eau.

Comportement : instinct territorial.

Bien que les membres du genre Ctenochaetus soient généralement paisibles à l'égard d'autres poissons, (y compris les Chirurgiens compte tenu qu'ils soient de taille largement différente), ils peuvent être ou devenir des "terreurs" envers les membres de leur propre sorte ou autres voisinant dans l'aquarium. Quoique souvent trouvés par couples ou même en bancs en liberté il vaut mieux n'en garder qu'un par bac à moins que le système ne soit ÉNORME.

Les petits Ctenochaetus sont fortement appréciés pour les aquariums récifaux.  Ils sont recommandés dans ces systèmes, contrôlant les algues et ne s'attaquant pas aux invertébrés.

Un commentaire valant avertissement : le système défensif des Ctenochaetus consiste en des épines, ces appendices sont potentiellement mortels, capables d'occasionner des lacérations graves aux cohabitants du système ainsi qu'aux aquariophiles peu précautionneux.  Ne vous fiez pas aux mouvements de ces poissons et à leur taille modeste (parfois, dans leur jeune âge p.e); ils sont capables de provoquer des dommages sérieux.  Vous ne me croyez pas?  Il y a des mentions de douleurs et de gonflements aigus des blessures dues aux piqûres provoquées par les épines se trouvant sur les nageoires dorsale et anale des Ctenochaetus.  Gardez un oeil sur vos autres poissons et gare à vos mains si vous travaillez dans votre système.

Introduction, acclimatation.

Le plus gros pourcentage des membres de ce genre de Chirurgiens est perdu à cause d'une manipulation peu soigneuse et du transport.  N'épargnez pas votre peine pour vous assurer que les poissons que vous achetez n'ont pas été endommagés par leur capture et leur transport.

Les collecteurs professionnels admettent les dangers d'endommagement des Ctenochaetus en les capturant à la main et dans les filets fonctionnant en barrière.  Ils devraient être tout aussi sensibles aux risques de même nature que les poissons encourent durant leur expédition au loin.  Une bonne méthode est de les capturer en les amenant à nager directement dans des sacs en plastique doux et qui permettent aux poissons d'aller et de venir sans gêne.  Éliminez aussi la possibilité d'endommager leur bouche saillante en employant des tailles de sac et des volumes d'eau suffisamment grands pour une évolution aisée.

Compte tenu de l'habitat et de la façon de se nourrir, il est recommandé de n'introduire votre (vos) Ctenochaetus qu'en dernier lieu.

Relations prédateur/proie.

Les grands poissons prédateurs du récif comme les mérous, les murènes, etc s'attaquent aux Chirurgiens, maintenir de tels poissons avec vos Ctenochaetus serait tenter le diable...

Reproduction et dimorphisme sexuel.

Debelius a observé les rituels de frai d'un banc de Ctenochaetus striatus.  Dans le groupe observé, quelques individus ont changé de couleur, allant du brun foncé au beige clair.  Devenant plus actifs(excités?), trois à cinq poissons sont filés comme des flèches vers la surface y libérant leurs gamètes.  Debelius et Baensch (1994) déclarent que Ctenochaetus  strigosus se reproduit seulement par couple.

Les sexes sont indifférenciables extérieurement.

Alimentation, nourriture, types, fréquence de nourrissage, quantité, déchets.

En raison de traumatismes de la bouche et/ou du jeûne typique pendant plusieurs jours couvrant la capture, la détention initiale, l'expédition et la redistribution en gros, il faudrait amener les poissons (tous les poissons d'ailleurs) fraîchement capturés à se nourrir le plus vite possible.  En priorité.

Peut-être que "dents en peigne" serait mieux approprié que "dents en brosse" en se référant aux dents des Ctenochaetus. Il me semble que cette appellation se rapproche au plus près des habitudes alimentaires de ces poissons.   Leurs bouche suceuse et leurs dents mobiles enlèvent et tamisent les divers matériaux aptes à leur fournir à manger.  Ces espèces ne s'attaquent pas aux matériaux alimentaires durs et grands comme le font d'autres Chirurgiens.

Mon "truc" préféré avec ces poissons est d'utiliser une "pierre d' alimentation" couverte d'algues comme démarreur de nourrissage.  Je vous encourage à faire la même chose en incluant parmi les algues les aliments surgelés secs, frais et/ou dégelés que vous allez dorénavant mettre à leur menu.

Pour des chirurgiens, les "dents en brosse" requièrent moins de verdure dans le pourcentage d'alimentation. Une nourriture à haute valeur protéique (quarante pour cent  et plus); les régimes sont même parfois enrichis artificiellement de vitamines qui favorisent l'embonpoint raisonnable et la couleur des spécimens captifs.

Comme indiqué ailleurs, ces poissons sont des brouteurs qui ne s'épanouissent seulement que dans un système sous-peuplé, abondamment pourvus de pierres vivantes et de détritus pour y fourrager.  Randall (1955) a enregistré jusqu'à 90% de sédiments  inorganiques dans l'analyse du contenu intestinal du Ctenochaetus strigosus vivant en liberté.

Maladies.

Les Chirurgiens du genre Ctenochaetus nous arrivent en majorité en bonne condition physique.  Bien que d'autres auteurs, dans leur cas, approuvent l'emploi de médicaments à base de cuivre , je vous inviterai plutôt à employer les immersions d'eau douce et la quarantaine  pour deux bonnes raisons :

Conclusion.

Le taux décourageant de survie pour le genre Ctenochaetus est plus fonction de capture et de manipulation fautives et des problèmes de transport et d'alimentation imposés par leurs collecteurs, que du manque de convenance de ces poissons en tant que spécimens captifs.  S'appliquer à éviter tous dommages à leurs bouches fragiles, leur fournir un environnement pas trop rigoureusement propre ainsi qu'une nourriture dirigée sur leur mode de vie dans la nature en feront des poissons agréables à regarder et doués d'une durée de vie appréciable en captivité.