Barbus, Danios et Rasboras.

par Bob Fenner

 

Dans la collection géante de poissons que sont les cyprinidés, il y a des espèces et des sous-groupes qui sont de vrais "rocs" dans l'intérêt des aquariophiles. 

Où en serions-nous sans les divers "requins", les goujons ou les "vulgaires" poissons rouges et les kois avec toutes leurs variétés?  Et encore nous ne mentionnons pas toutes les espèces de cyprinidés sauvages faisant office de nourriture pour d'autres formes de vie dont l'homme?

Nous couvrirons trois des ensembles les plus importants des cyprinidés détenus par les amateurs d'eau douce : les Barbus, les Danios et les Rasboras, et nous donneront une vue d'ensemble de la famille entière.  Dans le coin supérieur gauche : Puntius tetrazona (Barbus de Sumatra).

Comme les cichlidés africains de différents lacs, les Poissons arc-en-ciel et les Gouramis, chacun de ces groupes de cyprinidés a eu son apogée; avec des aquariophiles suivant impatiemment les dernières découvertes ou multipliant les nouvelles espèces. Mais comprenez-moi bien : ces poissons sont loin d'être passés de mode; pour la robustesse, la couleur et la vivacité, il y a des tailles et des formes pour toutes les installations d'eau douce. De nouvelles variétés, particulièrement des variantes de couleur, sont constamment développées.

En raison de leurs affinités taxonomiques étroites, ces sous-groupes de trois cyprinidés peuvent être décrits ensemble pour leur entretien et élevage semblables.

Classification : Taxonomie, relation avec d'autre groupes.

Les Barbus, les Danios et les Rasboras appartiennent tous à la famille des Cyprinidés. Ceux-ci sont la deuxième famille de poissons par le nombre avec environ deux cents dix genres et plus de deux mille espèces. Comment décririez-vous les cyprinidés en général?  Ces derniers sont généralement petits, ils ont le dos haut et ils sont comprimés verticalement.  Le museau est généralement court. D'autres caractéristiques les distinguent encore; leurs mâchoires n'ont pas de dent; au lieu de cela ils utilisent des dents pharyngées se trouvant plus loin vers le bas dans la gorge pour émier leur nourriture.  Leur alimentation typique à base de plantes et de substances se trouvant sur le fond est facilitée par une bouche protractile et des barbillons tactiles chémorécepteurs; habituellement par deux paires. Ils ont les nageoires dorsale, anale et ventrale qui complément les nageoires paires, pectorales et du pelviennes mais manquent de tissus adipeux. La plupart ont des écailles cycloïdales simples couvrant le corps, la tête en étant dépourvue. Leurs vessies natatoires sont divisées en deux ou trois chambres.

Espèces détenues et disponibilité pour les aquariophiles.

Barbus.

Le nom générique nous vient de la désignation originale par Bleeker qui a classé ces poissons dans le genre Barbus. Il y a   un ensemble secondaire de classification alternatif encore contesté.  Il est approximativement basé sur le nombre de barbillons : Barbodes (4), Capoeta (2 et Puntius (aucun) mais ce système n'est pas consistant.  

Les Barbus présentent généralement deux manières de comportement : les petites variétés qui sont paisibles et d'autres plus grandes, agressives et toujours en mouvement.  Les premiers, les Barbus dorés et à damiers sont de délicieux paradigmes.  Les derniers incluent les perches et bien d'autres encore.  A propos de ces derniers  quelques conseils 

Bien qu'ils ne soient pas aussi populaires aux Etats-Unis qu'ailleurs, il y a trois douzaine environ d'espèces de Barbus et beaucoup de variantes de nageoires et de couleurs utilisées dans notre passe-temps dans le monde entier. Voici quelques notes sur les espèces qui sont le plus généralement rencontrées. Aucune n'est originaire d'Afrique.

Mes Barbus préférés sont les plus petits qui s'avèrent justement également être les plus paisibles.  Les Puntius titteaya(Barbus-cerise), Puntius oligolepis(Barbus insulaire) et les Puntius sachsii(Barbus dorés) en font partie, ils sont petits, environ 2,5 cm et acceptent les bacs communautaires.

Puntius titteya Deraniyalgala 1929, le Barbus-cerise.  Une beauté paisible et petite, 2,5 cm de longueur maximum. A gauche : couple (mâle à droite, en dessous) en aquarium.

Les variétés de taille moyenne comme Puntius tetrazona, Puntius conchonius, Puntius everetti, Puntius nigrofasciatus, Puntius arulius, Puntius pentazona et Puntius hexazona seront détenues de préférence avec des Gouramis de taille moyenne, les Botias, et des Cichlidés paisibles.

Le Puntius tetrazona(Barbus de Sumatra) (Bleeker 1855),l'espèce la plus commune dans le commerce en Occident (il y a d'autres Barbus avec le même nom commun ailleurs), peut être une vraie terreur s'il se retrouve avec des poissons aux longues nageoires et se mouvant lentement.  Beaucoup de mutations de cette ont été produites; le type sauvage (du moins ce qui en reste) est représenté à droiteCi-dessous vous pouvez voir des variétés de teintes diverses.

 

Ci-contre à gauche : Puntius pentazona (Boulenger 1894), le Barbus à cinq bandes. Asie, Malaisie, Archipel indonésien. Peut atteindre une longueur de 7,5 cm.  

Ci-dessous : Puntius conchonius (Hamilton 1822), le Barbus rosé. Souvent "gonflé" avec des solutions de stéroïdes anabolisants dans le commerce pour mettre en évidence leur éclat (temporairement toutefois), cet attrayant Barbus est un bon choix. Atteint plus de 12 cm en liberté. Les mâles peuvent être magnifiques sans ajout chimique quand il sont en rut.  Espèce robuste et peu exigeante pour votre aquarium.

Les plus grandes espèces comme Puntius lateristriga , Puntius filamentosus et Barbodes schwanenfeldii ont besoin de grands volumes pour se déplacer.  N'essayez pas de les détenir dans des bacs de moins de 1,5 mètre.

Ci-contre, Puntius lateristriga  (Valenciennes 1842), le Barbus clef. Atteint 18 cm. Cet indigène asiatique du sud-est a besoin d'eau fortement oxygénée, au pH neutre à acide de préférence.

 

 

Ci-contre à droite :  Barbodes Schwanenfeldii (Bleeker 1853), Barbus de Schwannenfeld. Une figure bien connue en aquarium bien que trop souvent mal introduite dans un système trop petit.  Atteint presque 35 cm de longueur maximum. Les individus rencontrés avec les nageoires dorsale et caudale rougeâtres sont de la même espèce.

 

Danios et Rasboras.

Ces poissons sont tellement étroitement liés que les taxonomistes les placent ensemble dans une sous-famille qui leur est propre, les Rasboridés, dans la famille des Cyprinidés. Cette sous-famille comporte aussi une autre espèce standard d'aquarium, les Faux-néons, Tanichthys albonubes. Appelé ainsi par Henry Fowler en l'honneur de son porteur en expédition (appelé Tan naturellement).  C'est un autre "grand" poisson d'aquarium.

Les Danios sont parmi les poissons les plus robustes que notre hobby puisse offrir; ce sont par essence les poissons des débutants.  Ces poissons aussi devraient être maintenus en bancs aussi grands que possibles, le minimum de volume d'eau devant être de 100 litres.

Dans le genre Danio (autrefois Brachydanio), existent des variétés à courtes et longues nageoires Danio rerio, Danio albolineatus, Danio nigrofasciatus et Danio frankei.  Les plus grands membres de la famille incluent le Danio géant (Danio malabaricus) et Danio aequipinnatus .

A gauche :Danio rerio (Hamilton 1822), le Danio rerio. Une autre espèce populaire de poissons d'aquarium. Atteint plus de 5 cm.     A droite : Danio malabaricus (Jerdon 1849), le Danio géant. Longueur totale : plus de 15cm. Origine : rivières côtières de l'Ouest indien et Sri Lanka.

Les Rasboras comptent environ 50 espèces dans le seul genre Rasbora plus quelques unes dans d'autres genres. Ce sont de petits cyprinidés; la plupart mesurent 2 à 2,5 cm bien que quelques géants relatifs approchent une longueur de 15 cm!. Tous sont idéaux pour les aquariums communautaires.

Pour beaucoup d'entre nous Rasbora heteromorpha est le Rasbora. Connu aussi comme Rasbora rouge ou Arlequin rouge, ce poisson est maintenant disponible dans une variété bleue attrayante. De temps en temps vous pourrez trouver le Poisson-ciseaux (Rasbora trilineata); dommage que peu d'autres espèces soient régulièrement  offertes dans le commerce de détail en Occident.

A gauche :

Rasbora heteromorpha (Duncker 1904), le Rasbora arlequin.  Asie; aire de distribution : Thaïlande, Sumatra et Indonésie. Mesure 5 cm à l'âge adulte. Un vieil et solide habitué de notre passe-temps. Beaucoup de mutations de cette espèce sont développées, elles concernent la couleur et les nageoires.

Répartition géographique naturelle et d'introduction :

Quoique quelques espèces de Barbus sont trouvés en Afrique, l'Extrême-Orient et l'Inde sont la patrie principale des Danios, Barbus et des Rasboras. Aucun n'est trouvé en Amérique du Sud, du Nord ou centrale ni en Australie.

Taille :

Certains des plus petits Rasboras culminent à 1,25 cm.  J'ai  par contre vu des Barbus de Schwannenfeld de plus de 35 cm.

Sélection : générale à spécifique.

Conditions environnementales.

Habitat.

Ces poissons préfèrent généralement un éclairage sobre et des plantes vivantes. Maintenant, j'entends le lecteur bien informé se hurler à lui-même, " ils mangeront les plantes".  Eh bien oui, dans une certaine mesure. C'est que cela fait probablement partie de leur régime. S' il y a une abondance de mangeurs de plantes ou un manque de ces dernières, sûr, vos plantes seront grignotées jusqu'à s'en aller définitivement. Ce que j'encourage ici est un mélange harmonieux de quelques poissons et un bon couvert végétal. Cependant si vous avez quelques vrais végétariens au sens strict, considérez  une installation avec un diviseur de verre entre plantes et poissons, avec le sacrifice de quelques plantes servant de fourrage.

Dans l'intérêt de l'esthétique je suggère que vous utilisiez un substrat à base de gravier foncé . Ceci accentuera en outre l'aspect iridescent de certains de vos pensionnaires.

Ah, à ne pas oublier, ces poissons sont certains des meilleurs sauteurs connus en aquariophilie. Maintenez vos bacs complètement couverts, quarantaine, hôpital et maternité inclus.

Chimie, physique.

En raison de leur multiplication en captivité, après tant de générations et aussi de leur tolérance naturelle, ces poissons sont résistants à un large éventail de conditions. Bien que la plupart des espèces préfèrent l'eau douce même acide, elles ont été engendrées et élevées dans des eaux du robinet aux paramètres les plus larges.

Plus important qu'une température et des conditions chimiques données, il est important de prendre garde aux changements rapides des conditions de leur eau. Une routine régulière, des changements partiels fréquents de l'eau (idéalement 25% hebdomadaire) accordera longue et saine vie à vos poissons.

Filtration.

La plupart de ces poissons vivent dans des courants rapides et dans des secteurs de chutes d'eau et apprécient les courants et l'oxygène amenés avec le mouvement vigoureux de l'eau. Pour de petits bacs,  un filtre intérieur de puissance pourrait être le meilleur; les plus grands réclament l'utilisation en parallèle de deux filtres extérieurs suspendus ou de seaux type Eheim®.

Comportement. 

Territorialité :

Pas vraiment territoriaux intrinsèquement mais parmi leurs espèces quelques individus peuvent devenir un vrai embêtement à des conspécifiques plus petits. C'est le raisonnement de base qui préconise de les maintenir en les groupes de nombre impair.

Introduction/Acclimation.

Les Barbus, les Danios et les Rasboras supportent mal l'exposition aux conditions d'une eau nouvelle, par exemple là où le cycle d'azote est en phase d'établissement.  Ils devraient par conséquent seulement être placés dans des systèmes établis.  Tous devraient si possible être de tailles à peu près identiques à l'achat et être introduits en même temps. Les espèces plus grandes de ces groupes devant être présentées plus tard dans le système, après leurs cohabitants plus petits.

Relations prédateurs/proies.

Hormis les plus petits Barbus et Danios, faire cohabiter ces poissons avec des compagnons à longues nageoires est courir aux ennuis.  Pourquoi s'attaquent-ils à de tels empotés?  Pour les éliminer?  Parce qu'ils ne rencontrent pas de résistance?  Qui sait?   Eux le savent. Que les Anges et les Bettas prennent garde. D'autres poissons prédateurs grands et rapides assez pour attraper et manger ces petits cyprinidés feraient juste la même chose.  La Nature est comme l'Histoire, un éternel recommencement.

Reproduction, Différentiation des sexes.

Certains de ces poissons présentent un dimorphisme sexuel, différences structurales entre les sexes, avec des mâles aux nageoires plus développées et plus coniques globalement. Tous montrent un degré de changements de couleurs pendant le frai, particulièrement les mâles.

Les frais dirigés(élevage) se font selon le plan général suivant.  Les poissons sont conditionnés à la forme physique optimum, les sexes étant séparés ou non.  Les géniteurs sont déplacés vers un bac d'élevage ad hoc comportant ou non des médias naturels ou non(mousses de Java, filaments synthétiques...) au nombre d'un ou deux mâles par femelle. Quelques gens emploient des gravillons, des billes de verre ou un réseau de tiges, etc., pour séparer les parents de leur frai (ils sont cannibales). Les jeunes éclosent en 1 à 2 jours.

Les larves nageant librement sont alimentées avec de la nourriture très fine (infusoires, rotifères, extrait de jaune d'oeuf ou autres nourritures sèches ainsi que de nauplies  d'artémias) au bout d'un jour ou deux.  Une filtration sur mousse et des changements quotidiens d'eau avec une eau conditionnée optimisent les résultats.

Alimentation, aliments : types, fréquence, volume, déchets.  

Tous ces cyprinidés acceptent aisément chaque type de nourriture pour poissons, vivante ou préparée. Une bonne diversité de nourritures sèches les maintiendra en bonne condition; avec une offre hebdomadaire d'aliments frais, qu'ils soient vivants ou congelés-dégelés. En plus, une certaine dose de nourriture végétale devrait faire partie de leur régime quotidien.

Voulez-vous faire grandir vos poissons le plus rapidement possible? Faites ce que font les commerçants : alimentez-les un peu plusieurs fois par jour, à l'aide d'un distributeur automatique peut-être. Des circulation, aération et filtration adéquates couplées avec des changements partiels fréquents d'eau pour rincer les métabolites limitant la croissance y aideront grandement aussi.

Si la nourriture habituelle est refusée par ces poissons, vérifiez la qualité de l'eau de votre système, quelque chose va certainement de travers. 

Maladies : infectieuses, parasitaires, nutritionnelles, génétiques, sociales.

Ces poissons sont habituellement résistants à la maladie une fois correctement acclimatés et maintenus dans une écurie, environnement régulièrement maintenu. Malheureusement comme chez les autres espèces d'eau douce, les Barbus, les Danios et les Rasboras sont facilement sensibles aux infections parasitaires, en particulier au "Point blanc" et à la "Mousse".

Ichthyophthiriasis et oodiniumiasis se déclarent rapidement lors des baisses rapides de température ou par manque de précautions lors de nouvelles introductions de poissons et doivent être traités rapidement. Si l'autre cheptel (plantes comprises si présentes) peut le tolérer, le sel sans iode et les remèdes standard fonctionnent bien. Faites attention à augmenter l'aération  si vous élevez la température et enlevez les filtrants chimiques pendant le traitement.

Conclusion.

Que peuvent désirer de plus les amateurs d'aquarium? Les Danios, les Rasboras et les Barbus sont robustes, beaux, actifs, faciles à multiplier et paisibles pour la plupart.  En plus de toutes ces qualités, ils sont relativement peu coûteux et aisément disponibles.

Je sais : "si les souhaits étaient des poissons, nous en aurions tous de pleins aquariums".  Mais j'espère vraiment que plus d'amateurs pourront devenir des fournisseurs  locaux de ces poissons avec le temps qui passe.  Par la multiplication due à des élevages rapidement menés, cela peut être non seulement un amusement mais peut devenir tout à fait profitable en  accroissant les approvisionnements locaux tout en réduisant les importations. Considérez de vous y essayer.