Algues bleues-vert en aquariophilie marine

(Cyanobactéries).

par Bob Fenner

 

Ci-dessus :

une vue microscopique d'une véritable (Chlorophycées) algue verte Zygnema, en cours de conjugaison sexuelle....


Parmi les questions au nombre le plus élevé que je reçois ayant comme objet une "aide quelconque" via Internet, la présence et les effets négatifs des cyanobactéries tient une bonne place.  Je suspecte fortement que ces parasites nuisibles soient responsables des errements chaotiques de certains amateurs qui essaient, souvent de façon erronée, d'éliminer la deuxième plus grande cause de perte de vie captive en systèmes marins(et d'intérêt des amateurs), derrière l'ammoniaque. (Note de la traduction :  à cet endroit de la discussion, Bob Fenner décide d'appliquer le raccourci "BGA" de Blue-Green-Algae en Anglais aux Algues bleues-vert, c'est ce que je ferai dorénavant)

Pour de telles formes simples de vie, si facilement évitées ou éliminées... c'est une honte qu'on ne connaisse généralement pas plus et que rien ne soit fait pour contrecarrer leur prolifération dans les systèmes d'eau de mer (sans parler des aquariums d'eau douce, des étangs, des eaux saumâtres...) Voici mon avis sur ce que sont les BGA, d'où elles viennent, pourquoi vous ne les voulez pas, comment réduire au minimum la probabilité de leur introduction et de leur multiplication;  et ce que vous pouvez et devriez faire pour supprimer les BGA que vous ne redouterez plus.

Classification : Taxonomie, Relations avec les autres groupes.

Vous avez dû entendre parler des BGA sous un autre nom : "Cyanobactéries","cyano" grec signification bleu, et oui, ce sont des bactéries, non de vraies algues.  Dans le grand arrangement classifiant les choses vivantes, il existe d'autres organismes que les plantes ou les animaux.

Les bactéries, y compris les BGA sont incorporées dans le phylum Monera... Plus simples que les formes de vie que sont les algues, elles se définissent et se reconnaissent plus facilement par leurs "manques" comparées aux algues vraies.  Sous le microscope les cellules de BGA  manquent définitivement d'inclusions organisées comme les plasmides appelés chloroplastes. Au lieu d'avoir leurs colorants photosynthétiques enfermés en petits paquets, elles sont dispersées dans tout le contenu de cellules.

Que manque-t-il d'autre? Jetez un coup d'oeil. Aucun noyau organisé, ce centre de commande qui contient l'ADN des formes de vie plus élevées.  Les parois de cellules de Monera sont plus simples, ils emmagasinent d'autres nutrients. Bien qu'ils puissent sembler semblables à l'oeil nu, les BGA sont beaucoup plus étroitement liés aux bactéries qu'aux algues.

 Ainsi que sont les algues, mieux encore, comment sont-elles caractérisées? On les considère comme la forme de vie productrice d'oxygène la plus simple. Elles sont autotrophes (autosuffisantes), n'ont aucune organisation complexe (aucune feuille, racine, tige, réseau vasculaire); mais contiennent de la chlorophylle et d'autres colorants photosynthétiques.

Les algues ne sont pas, à proprement parler des plantes vraies ou vasculaires, manquant par définition des embryons de graine avec leur développement interne et de la complexité structurelle de travail de ces  formes plus élevées plus élaborées.

Par conséquent la plupart des algues (à l'exclusion des bleues-vert qui sont réellement et plus étroitement liés aux bactéries) s'appelle Thallophyta, signifiant approximativement "toutes plantes à peu près identiques de corps" en se référant au manque de structures spécialisées.

Les diverses Classes (équivalentes au phylum taxonomique zoologique) des algues sont répertoriées sur plusieurs critères : pigments(nous pouvons généralement les identifier par couleur), nourritures stockées, construction de leurs parois de cellules et flagelles locomoteurs ou cils si présents.

Classification :

Bien que toutes les algues contiennent de la chlorophylle, les Classes principales sont pour la plupart distinguées sur la base de leur couleur apparente prédominante, due à d'autres pigments photosynthétiques qui masquent le vert de la chlorophylle.

Monera : absence de membrane nucléaire, leur DNA est "nue".

Schizophytes : les bactéries.

Cyanophytes : les algues bleues-vert, souvent flasques et visqueuses, en amas ou filaments gluants.  Absentes des systèmes captifs bien entretenus.

Protistes : début des eucaryotes où la ou les cellules ont une membrane nucléaire séparant le noyau du cytoplasme.

Thallophytes : végétal pluricellulaire dont l'appareil végétatif se compose de thalles, les vraies algues en font partie.

Euglénophytes(Euglènes) : nageuses, eau douce, eau de mer, boues.

Dinophycées : unicellulaires, se mouvant au moyen de deux flagelles.  Eau de mer, eau saumâtre, eau douce, sable.  Incluent Amyloodinium qui infecte les poissons marins.

Bacillariophycées - Diatomées : exosquelettes silicieux, unicellulaires.  Mer, eau douce, sol.

Xanthophycées : pour la plupart non marine; algues unicellulaires dont la paroi porte deux flagelles inégaux.

Phéophycées : algues brunes, Kelp.  Marines pour la plupart, littorales.  Environ 1500 espèces.

Rhodophytes : algues rouges.  Marine pour la plupart, environ 4000 espèces.

Chlorophytes : algues vertes; majoritairement en eau douce, quelques marines, certaines terrestres.

Metaphytes : les(vraies) plantes vasculaires à feuilles, racines et tiges.

Taille :

Beaucoup d'espèces rencontrées par les aquariophiles sont microscopiques mais il y a de temps en temps des formes filamenteuses ressemblant à des algues filamenteuses vertes. Collectivement les colonies apparaissent généralement en tant que des souillures ou des filaments bleu noirâtre ou alors des humeurs envahissantes visqueuses d'allure rougeâtres.

Je n'en veux pas mais d'où proviennent-elles?

Les origines des BGA sont nombreuses...  Les pierres vivantes, l'eau provenant des introductions de poissons, les nourritures, même rien que l'air ambiant peuvent amener suffisamment de spores pour lancer leur croissance.  Il faut l'accepter, des conditions données et en l'absence d'autres formes  de formes vivantes concurrentes qui ne favorisent pas dès lors les BGA, elles arriveront et prolifèreront.  Quelles sont ces conditions?   Voyez ci-dessous.

Conditions environnementales favorisant la croissance des cyanobactéries :

Habitat :

Les généralités suivantes sont nécessaires pour la clarté de vos idées, elles ne sont rien d'autres.  En règle générale, les BGA sont des formes attachées qui couvrent, d'une façon lâche ou non, les roches, substrats et même d'autres choses vivantes, bien qu'il y ait quelques formes flottantes librement qui peuvent être responsables des états connus sous le vocable "eau verte".

Chimie, physique.

Vous pouvez le deviner, ces formes de vie "victorieuses" (elles sont ici depuis beaucoup plus longues que la plupart de toutes les autres formes de vie) démontrent une énorme capacité d'adaptation aux conditions environnementales en mutation perpétuelle.  Les hauts pH  ne leur font pas peur(si l'on peut dire), tout comme les plus bas, contrairement aux formes de vie "plus élaborées" qui ne se sentent bien qu'avec un haut pH (8,0-8,3); des températures stables variant entre  21°C et 27°C; idem pour la densité (1.023-1.025) car ces organismes apprécient la stabilité.  Les cyanobactéries sont capables de s'adapter donc aux inconstances des conditions chimiques et physiques ambiantes.

 

 

Ci-dessus : une algue bleue-vert, Scytonema... Notez que les plasmides manquent, le noyau organisé, les cellules à double parois... davantage comme les bactéries qu'elles sont vraiment plutôt que des algues vraies ( Thallophytes).


Comme aquariophiles nous devrions nous efforcer de fournir de meilleures conditions plus stables favorisant les algues vraies. L' utilisation par ces dernières des aliments, de la lumière et la production de produits chimiques défensifs sont la meilleure défense contre les problèmes de BGA.

Soyez attentifs aux filtrations faibles(donc de mauvaise qualité) ou aux changements d'eau absents ou erratiques qui laissent votre système avec trop de nutrients organiques et inorganiques  (ou ajoutés par les additions chimiques diverses). Si vous voulez que vos nitrates soient rabaissés (moins de 10 ppm) et que peu de phosphates (moins de 0.5 ppm)soient présents, vous devrez y arriver par de fréquents changements d'eau, l'utilisation périodique de médias filtrants chimiques. Ces nutrients dissous peuvent naturellement aussi se voir éliminer par les algues bénéfiques.

On devrait savoir que même avec des mesures données et habituelles de disponibilité nutritive montrant  de basses concentrations de nitrates et de phosphates il est possible de se voir confronté avec des problèmes de cyanobactéries. Le "carburant" de ces dernières se trouvant dans l'eau sous forme de composés organiques de carbone dissous. Par conséquent l'entretien et l'utilisation soigneuse d'un écumeur de protéines valable comme première ligne de la défense, limiteront la présence de ces composés dans votre système. D'où proviennent ces fameux composés organiques de carbone dissous? Principalement par la suralimentation.  Particulièrement via les aliments liquides pour invertébrés et les aliments surgelés basés sur la gélatine... voilà quelles sont les sources notoires de composés organiques de carbone dissous.

Illumination :

S'ajoutant à la qualité de l'eau, la qualité, la quantité et la durée des longueurs d'onde utiles de lumière sont parmi les paramètres les plus importants déterminant la santé des algues bénéfiques et par corollaire, défavorisant les cyanobactéries.  L'utilisation de divers types d'éclairage à  très-haut rendement régulier comme les tubes fluorescents compacts et les ampoules HQI(lampes à vapeur de métaux halogènes) s'est révélée un succès convaincant dans la lutte contre les BGA.  Une bonne règle  à appliquer est de compter approximativement 2 à 5 watts de puissance par 4 à 5 litres de volume selon la nature de l'éclairage, la profondeur de l'aquarium et autres considérations annexes.

Filtration :

La filtration de l'eau implique toutes les actions que nous entreprenons  pour modifier son état, que ce soit chimiquement, physiquement ou biologiquement. Ceci énoncé, efforcez-vous d'enlever les nutrients en excédent comme
les phosphates et les nitrates par l'utilisation périodique de médias chimiques comme le charbon actif et en maintenant votre écumeur de façon optimale propre et opérationnel. C'est l'approche principale pour la prévention des cyanobactéries. Les formes de vie photosynthétiques  plus élevées sont plus adaptées à survivre à de bas niveaux de nutriments, contrairement aux cyanobactéries.
Autre façon naturelle de combattre ces dernières.

Aération et circulation de l'eau :

Les cyanobactéries prospèrent dans une eau où la circulation est basse et mal aérée. Par conséquent je préconise des niveaux vigoureux de
mouvement d'eau et l'approche de la saturation de l'oxygène dissous.  Si vous n'en avez pas, procurez-vous des powerheads, ces petites pompes submersibles et des aérateurs mécaniques. Dirigez l'eau de retour du ou des filtres externes de façon à obtenir une circulation et une aération optimisées. Agencez vos dispositifs afin d'éliminer les secteurs d'eau stagnantes.

Contrôle des cyanobactéries :

En dépit des meilleures précautions les aquariophiles rencontrent fréquemment des problèmes de cyanobactéries, particulièrement quand leurs systèmes sont dans le cycle initial ou pendant la mise en route. Il y a quelques traitements appropriés à ces situations.  L'un est souvent utilisé quoique déconseillé par certains.  Voyez mes suggestions ci-après.

  • Huile de coude : enlevez délicatement à la main les colonies gluantes des parois du
    bac; agir régulièrement ainsi diminuera  la masse des BGA du gravier et du décor. Ce n'est toutefois que la première étape du long chemin que vous emprunterez dans la lutte contre ces détestables BGA
    (je rappelle que cette abréviation veut dire "cyanobactéries").

  • Siphonnage : siphonnez la majeure partie des colonies. Non seulement ce travail agit directement en enlevant les BGA mais quelque chose opère à la manière d'un suicide chimique des cyanobactéries;  une autodestruction en somme. Un tube rigide de petit diamètre attaché à un tuyau de plastique souple peut faire des miracles!

  • Peu de nourriture : faites attention à limiter les nutrients principaux comme les nitrates et les phosphates, c'est important. Soyez sur vos gardes contre la surpopulation en poissons, la suralimentation de ceux-ci et des invertébrés; restreignez les suppléments chimiques et à un moindre degré, surveillez la qualité de votre eau de remplacement et du mélange de sel synthétique .

  • Amélioration de la filtration : De meilleurs fractionneurs de mousse utilisant l'ozone en préservant et accroissant le potentiel redox  diminueront la croissance des cyanobactéries indésirables. La filtration chimique si elle est pratiquée, peut être utile.

  • Contrôles biologiques : 

Malheureusement, à part quelques espèces de bernard l'ermite, il n'existe aucune autre "équipe de nettoyeurs" valable qui pourrait être qualifiée de prédateur naturel certain de cyanobactéries.  C'est pourquoi tout autre forme de contrôle biologique se base sur la compétition alimentaire. 

En utilisant des macro-algues, des pierres vivantes et des cnidaires photosynthétiques (certaines gorgones, des coraux, des anémones) qui en utilisant la lumière et les aliments disponibles empêchent la prolifération des BGA. Ces alliés peuvent aussi grandement aider par la diffusion de sécrétions chimiques nuisant à la croissance des cyanobactéries.

Remarques conservatoires au sujet du contrôle par les antibiotiques :

On préconise de nombreux produits en tant que moyens de contrôle chimiques de BGA, certains basés sur l'érythromycine , d'autres sur le cuivre,  le sucre et même mais oui, sur la sauce à poivre...

Tous devraient être évités pour deux motifs : Bien qu'ils (ceux basés sur l'un ou l'autre antibiotique) puissent apparemment fonctionner, les substances qui composent les BGA peuvent fréquemment empoisonner le système dans un délai de minutes ou de jours après leur "dissolution".  Et, ajoutant l'insulte à l'injure, à moins que vous ne changiez les conditions régnant dans votre système, les cyanobactéries se "reformeront" très souvent après un court laps de temps suivant le traitement chimique.

Conclusion :

La croissance d'algues bleues-vert devrait être évitée en se battant sur plusieurs fronts à la fois. Par la bataille de la limitation des nutriments présents dans le système corollaire d'une alimentation soigneuse des habitants désirés par des nourritures appropriées et en limitant l'utilisation des suppléments quels qu'ils soient.   L'éclairage approprié, une filtration proportionnée, de bonnes circulation et aération et l'encouragement d'une vie photosynthétique concurrente des cyanobactéries vous seront également d'une aide non négligeable dans cette guerre de tous les joursSi vous constatez une infestation massive de cyanobactéries, recherchez les causes détaillées ici et attaquez votre ennemi à son origine : à savoir : manque d'organismes  photosynthétiques concurrents, surabondance de nutriments chimiques et eau stagnante mal oxygénée.

Méfiez-vous des pièges chimiques apportés par ces types très nuisibles d'algues. Ils ne fonctionnent pas à long terme mais peuvent dans un délai très court éliminer beaucoup de vos protégés dont vous êtes, à juste titre, fier.