Aiptasia, l'anémone à éviter en aquarium.

par Bob Fenner

lien vers Lysmata wurdemanni
Les récifs coralliens n'amènent pas que des beautés dans nos aquariums qui s'en veulent le reflet, il y a du bon, du beau, du moins bon, du moins beau et du carrément détestable.  Dans cette dernière catégorie nous retrouvons avec les crevettes-mantes, les vers de feu et les algues filamenteuses, nos indécrottables Aiptasias, franchement haïssables.

Vous en avez et vous voulez vous en débarrasser?  Avec raison!  Si vous débutez en reef, vous comprendrez rapidement pourquoi je professe une attitude aussi tranchée.  Vous les obtiendrez gratis pro deo, nada, pour rien, et bien plus que nécessaire, c'est à dire : zéro!  Elles nous arrivent comme passagers clandestins sur les pierres vivantes, sur les coraux durs et sur les pierres supportant les coraux mous et autres invertébrés.  Il s'agit d'anémones cosmopolites et aucun océan n'en est libre.  Votre première réaction en en voyant une sera de vous dire, "bof, rien qu'une, négligeons-la, elle partira d'elle même", excusez ma trivialité :"mon oeil"!  Juste comme un corollaire des lois de Murphy, aussi difficile qu'il soit de conserver en vie certaines anémones géantes, aussi malaisé il est de se débarrasser complètement de ces petites anémones de verre.  Si encore elles restaient neutres mais elles ne se gênent pas pour attaquer avec leur venin les autres invertébrés que vous chérissez.

Mais ne renoncez encore pas à votre rêve d'avoir une tranche d'environnement récifal chez vous.  Il y a une gamme de techniques disponibles pour vous aider à combattre ces hôtes pour le moins indésirables.  Au cas où vous ne connaîtriez pas les anémones animales homonymes des fleurs identiques ou presque de forme, il existe des moyens de vous débarrasser définitivement d'elles.

Classification. Phylum : Cnidaires.

Les anciens classificateurs ont nommé les anémones "zoophytes" ou plantes animales, faisant référence à leur aspect floral.  Bon nombre d'entre nous les connaissent sous leur vieux groupement phylétique des "Coelentérés", une allusion à leur cavité gastrovasculaire "coelenteron" (coel = cavité, enteron = intestin).  Les classifications modernes tendent à mettre les animaux du phylum Cténophores à part et groupent les anémones, les méduses, les hydres et les coraux dans l'embranchement des Cnidaires en les décrivant sommairement par la "possession de cellules urticantes" sur les tentacules et aux alentours de l'orifice buccal.

Dans l'embranchement ils sont encore sous-classifiés sur la base du modèle du corps. Les anémones sont typiquement des cylindres sessiles semblables aux polypes avec leur cavité buccale droite. D'autres formes ressemblent généralement aux méduse, disques nageant librement, bouche vers le bas.

La plupart des Cnidaires sont marins, seulement quelques uns sont trouvés en eau douce; certains interstitiels (vivant dans le substrat).  Il y a environ  9.000 espèces animales possédant des cellules urticantes.  Les études datent leurs fossiles comme étant déjà présents aux premiers temps de la vie sur Terre, la période cambrienne.

Classe des Anthozoaires.

Chez les Cnidaires, les anémones sont placées dans la classe des Anthozoaires en tant que polypes simples ou coloniaux, la forme méduse manquant complètement.  Ce groupe inclut la majeure partie des espèces (plus de six mille), les coraux et les gorgones entre autres.  Ils se distinguent des Hydrozoaires et des scyphozoaires(aurélies) par l'absence d'opercule sur leurs cellules urticantes et des différences structurelles et embryologiques.

Les anémones sont séparés des autres Anthozoaires et placées dans la sous-classe des  Zoanthaires divisée en deux ordres principaux dont celui qui nous intéresse, les: Actinaires appelées souvent "anémones vraies". Elles ont des cloisons internes  (mésenteries) disposées en  cycles hexamères(six) et habituellement avec deux cavités buccales ciliées.(siphonoglyphes).

Les anémones de verre sont inclues dans environ sept  espèces de la famille  des Aiptaisiidés.  Elles sont uniformément légèrement brunâtres(en raison des algues endosymbiotiques se trouvant dans leur corps mou) ou transparentes(d'où vient leur nom vernaculaire d'anémones de verre).  Elles peuvent être minuscules ou atteindre plus de cinq centimètres, avec des diamètres de disque oral allant aussi jusqu'à cinq centimètres; les tentacules ornant ces disques oraux sont courts et étroits.

Eradication.

Méthode physique.  

Bonne chance si vous employez cette méthode!   Ces animaux ont quelques tours dans leurs... tentacules.  Essayez de les déchirer, découper, pincer ou siphonner? Ils sont attachés sur les pierres et capable se retirer rapidement, souvent dans un orifice minuscule.  Vous enlèverez la majeure partie du polype... et le peu qui restera régénèrera en une ou plusieurs autres!  Néanmoins, en cas de grandes infestations, une première offensive de votre part doit avoir comme but primaire d' extraire physiquement beaucoup de ces pestes du mieux possible...  Je ferais cela avec un siphon ou enlèverais la pierre sur laquelle elles sont attachées pour la frotter énergiquement à la brosse dure sous un filet d'eau douce coulant du robinet de l'évier.  ATTENTION : si vous laissez la moindre bribe dans votre système, vous allez involontairement aider au dispersement asexué de l'espèce.  Méthode non garantie donc.

Prédation biologique.

Heureusement il y a un large éventail d'animaux qui mangent les anémones de verre dans une certaine mesure (normal n'est-il pas avec une si grande réserve de nourriture...). Ces prédateurs doivent être considérés sur la base de leur utilité pour votre système, spécificité de régime(certains sont des grignoteurs erratiques d'autres des invertébrés sédentaires) et de leur survie probable tant en liberté qu'en captivité.

 

 Elégance-Corail et autres. Coraux.

S'il y avait un concours du meilleur urticant, le champion serait Catalaphyllia jardinei, plus brûlant encore que les anémones de verre.  Si vous pouviez maintenir en vie ces Caryophyllidés, la plupart du temps incompatibles avec les systèmes récifaux et étiez disposé à risquer de les déplacer pour piquer vos Aiptasia (en évitant d'autres animaux), vos problèmes de contrôle des anémones parasites seraient résolus.  Les coraux du genre Hydnophora sont également de "meilleurs" urticants qu'Aiptasia.

Nudibranches.

Les plus populaires sont les petits par la taille, presque invisibles Berghia verrucicornis mais grands par l'efficacité(ils ne vivent qu'en se nourrissant UNIQUEMENT d'Aiptasia) comme destructeurs d'Aiptasia... N'omettez pas lorsque vous aurez constaté la disparition totale de vos anémones de verre de "passer" vos nudibranches à d'autres amateurs ayant aussi une infestation; autrement vos Berghia verrucicornis, périront par manque de nourriture.

Crustacés

Bernard l'Hermite. 

Peut-être les meilleurs auxiliaires(les moins chers, les plus aisément disponibles, les plus faciles à retrouver et à enlever), les meilleurs effaceurs d'Aiptasia sont quelques espèces de Bernard l'Ermite.  En particulier le Bernard l'Ermite à pattes rouges, Dardanus megistos est un animal "sûr" pour le système récifal.  Il présente comme avantage supplémentaire de se nourrir également d'algues parasites et d'autres détritus.  Un ou deux spécimens par bac seront suffisants.

Crevettes.

Particulièrement recommandée, Lysmata wurdemanni, la Crevette-barbier de Wurdemann, ci-dessus. peut être un grand éliminateur d'Aiptasia.  Attention à la confusion(voulue ou non) qui existe dans le commerce entre cette crevette et d'autres Lysmatas qui laissent les anémones de verre en paix.   La photo ci-dessus montre deux L. wurdemanni à gauche et deux sosies à droite.  Voyez la page sur la Crevette-barbier de Wurdemann.

 

 

 

 

 

 

 

Une anémone de verre du genre "Aiptasia".


Poissons. 

Parmi les plus réputés nous trouvons le Chelmon rostratus.  Je veux bien mais maintenant, si vous pouvez en trouver seulement un en bon état et espérer qu'il mangera ce que vous lui donnerez tout en ne s'attaquant pas à vos coraux vivants, vous avez ou aurez de la chance...  Un meilleur choix plus robuste dans les Poissons-papillons est Chaetodon lunula qui généralement mangera en captivité mais risque lui aussi de goûter vos coraux ou vos sabelles...  Si vous employez un de ces poissons, vous devez garder vos yeux sur vos invertébrés.  D'autres Chaetodon ont été cités comme mangeurs efficaces d'Aiptasia, je pense à  Forcipiger, Chaetodon kleinii, Chaetodon auriga et Chaetodon unimaculataDe nouveau, faites attention ici... Tous les spécimens ne mangeront pas les Aiptasia et certainement pas tous NE mangeront QUE des Aiptasia.

Les Tetraodons de diverses sortes font partie du hit-parade d'autres auteurs. Arothron meleagris score d'une façon ENORME, mais j'ose parier que cette espèce ne se limitera pas aux seules Aiptasia au menu!  Les  Canthigasters pourraient être meilleurs mais je n'oserais affirmer qu'ils laisseront vos invertébrés tranquilles.

Une partie des Poissons-anges marins de grande taille mangera Aiptasia, c'est sûr.  Holacanthus ciliaris et certains Poissons-anges nains du genre Centropyge sont également souvent cités.

En Europe, beaucoup d'amateurs utilisent les Scats (Scatophagidés) pour manger les Aiptasia (et les algues). Ces poissons sont la plupart du temps vendus comme habitants d'eaux saumâtres(ils le sont) et doivent être acclimatés lentement (pendant des semaines) à la concentration en sels de l'eau de mer pure.

Approche chimique.

Quelques produits sont précédés d'une publicité racoleuse mais il devrait s'agir de votre option de dernier recours... Sachez que la plupart d'entre eux sont des biocides purs (tueurs de toutes choses vivantes), voire même inefficaces.  Si vous vous décidez d'utiliser les moyens chimiques, préparez-vous à faire de grands changements d'eau pour sauver votre cheptel vivant de l'empoisonnement.

Bases.

Des éléments caustiques produit comme le Calcium ou de l'Hydroxyde de Sodium  (anciennement "kalkwasser", principal ingrédient dans les décapants pour fours électriques ménagers) peuvent être appliqués directement sur les Aiptasia... à l'état sec ou liquide concentré.  Il faudra employer des gants et des pincettes pour utiliser les produits secs et une pipette ou une seringue  hypodermique pour la forme liquide.  Si vous avez le choix, prenez du Ca(OH)2.

Brouets d'alchimistes autodidactes.

Quelques audacieux ont concoctés, paraît-il, des formules nouvelles aidant à éliminer les anémones de verre, ou à les "endormir"... Les produits seraient simplement injectés dans le corps de l'anémone(bonne chance pour y arriver...) ou simplement déposé dans l'orifice buccal.  Je demande à voir n'importe quelle évidence cohérente de l'efficacité de ces "mélanges".

Autres approches chimiques.

Détaillées dans les littératures spécialisées comme : asperger les Aiptasia avec un mélange concentré de sel, d'eau chaude, de peroxyde d'hydrogène chaud... ou des produits chimiques dangereux comme les  acides chlorhydrique et acétique, des composés de cuivre, même l'usage d'un fil de cuivre...  Je déconseille fortement l'usage des ces épées à double tranchant.

Aide par le contrôle et l'entretien.

Bien que ne vous débarrassant pas des Aiptasia, conserver votre système très peu chargé en nitrates et phosphates aidera grandement à en contrôler la population, comme toujours...


Comportement territorial.

Quoi???   Eh oui, je souligne à nouveau  que les anémones de verre peuvent se déplacer et faire la guerre chimique aux autres cohabitants du système.  En particulier à d'autres invertébrés urticants comme les coraux, les gorgones et autres anémones qui peuvent être piqués à mort. Les poissons quant à eux apprennent à éviter Aiptasia, ou il arrive qu'ils soient mangés par ces invertébrés lorsqu'ils sont d'une taille réduite.


Reproduction.

Sexuelle et asexuelle.

  • Les nouveaux individus peuvent se former à partir d'un morceau déchiré pendant le transport ou vos tentatives mécaniques tendant à les enlever; elles se reproduisent donc aussi bien  par fission longitudinale que transversale.

  • Ces actinies ont des sexes séparés.  La fertilisation et le développement se produisent en dehors de la cavité corporelle.  Les larves d'anémone ont une phase de développement planctonique avant qu'elles ne se fixent à demeure.


Conclusion.

Les anémones de verre sont en effet une forme de vie intéressante et robuste du récif.  Malheureusement, elles peuvent devenir un vrai ennui dans un récifal "standard".  Il vaut mieux qu'elles soient reléguées (si vous voulez en détenir) dans des bacs spécialisés.  Il est toutefois très probable que vous ne voulez pas de ces parasites!  Ils sont sans attrait, mortels pour vos autres animaux et difficiles à arrêter une fois qu'ils commencent à se multiplier...  N'attendez pas une fois que vous voyez Aiptasia dans votre système.  Cherchez l'aide des prédateurs biologiques et/ou si vous avez un groupe d'anémones à traiter, faites-le manuellement (avec un siphon aigu à un bout) pour en éliminer la majeure partie.  Au pis aller, utilisez de la kalkwasser concentrée pour débarrasser votre système de ces ennuis récurrents. Tous les autres moyens chimiques devraient être négligés vu le danger potentiel qu'ils amènent; que seriez-vous avec un système sans anémone de verre mais aussi vidé(par l'empoisonnement) de vos autres invertébrés?


Note de la traduction:

J'ai lu sur un site, dans un forum, qu'un amateur éliminait les Aiptasias en injectant de l'acide chlorydrique dans leur corps; à ce que j'ai pu lire, il parlait d'acide pur.  Je tiens à vous mettre en garde contre l'usage d'acide pur; j'utilise à l'occasion aussi du H2CL mais dilué à 20-%!  Cette solution est largement suffisante pour tuer une Aiptasia et les risques de blesser ou de tuer des organismes vivants bénéfiques voisins sont moins réels.  Car quoique étant des êtres fort simples, les Aiptasia ne semblent pas dénuées sinon d'intelligence, du moins d'instinct.  Avez-vous déjà remarqué qu'elle vont souver se placer là où les combattre physiquement ou chimiquement est pratiquement impossible?

Dans cette hypothèse bien réelle, le seul recours efficace et rapide est l'usage de la Crevette-barbier de Wurdemann

Si vous avez l'occasion d'en voir à l'oeuvre, vous verrez c'est étonnant, le mot anglais "amazing" me semble encore plus fort; elles ne lâcheront l'Aiptasia que lorsqu'elle aura rendu son dernier "soupir", enfin vous me comprenez.